Google et SalesForce concurrents sur l’offre de S.I. à la carte

Cette semaine Google a présenté une grosse nouveauté pour son offre Google Apps, l‘ouverture d’une marketplace d’applications en ligne : Google Apps Marketplace now launched.

La page d'accueil de Google Apps Marketplace

La page d'accueil de Google Apps Marketplace

Voici à quoi ressemble cette offre en quelques lignes :

  • Les applications proviennent d’une multitude d’éditeurs petits ou gros ;
  • Les applications sont rangés dans des catégories et sont notés par les utilisateurs ;
  • Les applications peuvent être hébergées sur la plateforme Google ou n’importe où (une grande nouveauté) ;
  • Google ponctionnera 20% des revenus des éditeurs pour lui donner accès à la plateforme (distribution, système d’authentification unique, facturation…).

Une cinquantaine de partenaires sont d’hors et déjà présents sur cette marketplace et quelque chose me dit que le nombre d’applications disponibles va croître très rapidement. D’une part car Google est un sacré moyen de crédibiliser l’offre des petits éditeurs qui vont se ruer dessus, d’autres part car les conditions sont plutôt avantageuses. Visite guidée en vidéo :

Même s’il n’y a « que » 25 millions d’utilisateurs de Google Apps, l’ouverture de cette marketplace va offrir une couverture fonctionnelle beaucoup plus large aux entreprise qui vont pouvoir se confectionner leur système d’informations à la carte. Un S.I. sur mesure en quelques clics de souris ? Mais oui car on y trouvera les solutions Google (email, collaboration) mais également des solutions verticales (CRM, RH…) et des environnements de production d’applications métier (à l’image de RunMyProcess). C’est donc en quelque sorte le retour du concept originel de Jotspot (un S.I. à la carte), mais les observateurs préfère la décrire comme l’iTunes des SaaS.

Avec cette marketplace, Google décuple ainsi l’intérêt de son offre et de ses quelques applications de base (messagerie…) qui seront parfaitement intégrées aux applications de la marketplace pour créer d’innombrables possibilités (illustration dans ces articles : Web-Based Productivity Suite Zoho Finds A Place In The Google Apps Marketplace et Google Apps Marketplace: 6 Great Apps to Try Now).

En tout cas cette marketplace est le chainon manquant entre Google Apps (la suite d’applications en ligne de Google), AppEngine (la plateforme d’hébergement d’applications) et GWT (le framework de développement d’applications en ligne). Tout est fait pour simplifier la tâche de petites équipes de développement qui vont pouvoir bénéficier de la mécanique Google (crédibilité, visibilité…).

Deux semaines avant cette annonce, c’est SalesForce qui avait fait sensation avec le lancement de Chatter, la couche sociale venant se greffer sur ses applications de gestion de forces de vente / CRM et sur la plateforme d’hébergement d’applications (Force.com).

La fonction de groupe dans SalesForce Chatter

La fonction de groupe dans SalesForce Chatter

Certains n’hésites pas à qualifier cette nouvelle offre de Facebook pour entreprises mais je trouve cette comparaison abusive, il serait plus juste de parler de FriendFeed pour entreprise dans la mesure où l’offre repose avant tout sur les profils des utilisateurs et groupes ainsi que sur le flux d’activités qui est remonté sur ces pages. Il y est donc surtout question de circulation de l’information et de systèmes de notification passifs de type lifestream et/ou microblog. Démonstration vidéo ici :

Cela vous fait penser à Yammer ? Vous avez bien raison ! Ils ont d’ailleurs réagis très rapidement en lançant une nouvelle offre extra-entreprise : Yammer Communities Open The Door To B2B Microblog Collaboration And Much More.

Cette nouvelle dimension sociale sur la plateforme SalesForce complète ainsi la vision du CEO (grand admirateur de Facebook : The Facebook Imperative Cannot Be Stopped) et va donner un coup de fouet à l’offre tout en offrant de nombreuses possibilités grâce aux custom dashboards et à la possibilité de manipuler des flux d’informations.

Tout ceci est très encourageant pour tirer vers le haut les offres de cloud computing et de social software. Il est maintenant clair que la pression devient de plus en plus forte sur les gros éditeurs qui ne sont pas encore passés au cloud computing (Microsoft avec SharePoint et IBM avec Lotus Connections) et sur les plus petits qui ne possèdent pas de marketplace d’envergure (avec des suites collaboratives en ligne comme SocialText, blueKiwi, XWiki…). Ceci étant dit, la compétition reste ouverte puisque les gros éditeurs gardent de bonnes cartes dans leur jeu (notamment Microsoft avec Azure et IBM avec Mashup Center) et parce que les petits ont une réactivité plus grande.

À partir de là, il est possible de définir les prochaines grandes étapes dans cette course à la domination de l’informatique d’entreprise de nouvelle génération :

  • Un réseau social E to E permettant de faire à la fois du réseautage d’affaire avec d’anciens collègues / prestataires mais aussi de collaborer entre entreprises ou business units (à mi-chemin entre LinkedIn et LotusLive) ;
  • Une marketplace globale liant entre elles les entreprises de toutes tailles, tous les marché, toutes les industries (une sorte d’Alibaba ou de VerticalNet universel) ;
  • Une solution pour que les employés puissent manipuler les données et les processus à partir d’outils de mashup et qu’ils les partagent dans une marketplace interne (ou externe !).

Toujours est-il que le lancement de Google Apps Marketplace risque de bouleversé à jamais la façon dont les PME / TPE appréhendent l’outil informatique et la façon de gérer leur système d’information. Je ne vous referais pas l’apologie du cloud computing mais je peux vous assurer que j’ai croisé de nombreux DSI qui étaient plus qu’élogieux sur Google Apps et le soulagement que représente pour eux la sous-traitance des emails (« plus besoin de s’embêter avec un serveur Exchange et des mises à jour d’Outlook, si j’avais su je l’aurais fait depuis bien longtemps« ). Et s’il en était de même pour le reste des applications ?

A la recherche de nouveaux formats de collaboration

Depuis la présentation de Google Wave le mois dernier j’ai comme un étrange préssentiment… l’impression que les outils dont nous nous servons au quotidien sont condamnés. Il y a d’une part les outils et fichiers bureautiques dont nous avons fait le tour et qu’il est grand temps d’abandonner au profit de formats plus légers et collaboratifs (wikis et cie) et il y a surtout des outils plus génériques comme l’email ou la messagerie instantanée qui semblent aujoud’hui remis en question par de nouvelles pratiques liées aux social software ou au microblog. Bref, je suis persuadé que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère de la collaboration portée par une nouvelle génération d’outils.

Pourquoi changer d’outils ? Pour plus de productivité bien évidemment ! Ou plutôt pour une meilleure pérénnisation / circulation de l’information (libérée des contraintes des fichiers) et pour une collaboration facilitée / stimulée par les bons outils.

En tête de liste des candidats potentiels il y a bien évidement Google Wave dont j’ai déjà parlé sur mon autre blog (Google Wave = Email + IM + Wiki + Mashup). Difficile de se projeter dans des scénarios d’usages reposant sur Wave tellement le concept est disruptif ! Il faut dire que la richesse et les possibilités potentiellement offertes par Wave sont tout simplement innombrables. Je suis persuadé que même les équipes de développement n’ont pas envisagé toutes les possibilités.

GoogleWave.jpg

L'interface de Google Wave

Le problème c’est que pour le moment Wave n’est même pas en phase alpha… il va donc falloir attendre un petit moment avant de pouvoir le tester et surtout le déployer en entreprise (pas avant fin 2010). En attendant votre code d’invitation vous pouvez toujours vous faire la main sur PyGoWave, un outil équivalent reposant sur le code source publié récemment : Want Google Wave Now? PyGoWave’s the Next Best Thing.

Il y a ensuite ShareFlow, un produit assez similaire qui propose un mix entre email et wiki : Shareflow Emerges as Competition for Google Wave. Le service repose sur les flows, des conversations publiques auxquelles peuvent contribuer différentes personnes avec différents types de contenus (email, texte, fichiers, images…).

Shareflow.jpg

La promesse de ShareFlow

Un mode de collaboration intéressant car peut-être plus simple à comprendre et à appréhender que Wave (pas d’édition en temps réel ni de mashups). Une bonne transition en fait dont vous pouvez voir le fonctionnement ici :

Et il y a enfin Cell qui se définit comme l’article du futur : Elsevier’s Prototype, Is This The Scientific Article of the Future?. Ici il n’est pas tant question de collaboration mais plutôt de trouver un format plus riche pour des publications scientifiques. Démonstration avec cet article : A Dynamic Pathway for Calcium-Independent Activation of CaMKII by Methionine Oxidation.

CellPrototype.jpg

Exemple de publication scientifique 2.0 avec Cell

Au final nous avons donc un article avec une structure plus formelle (onglets pour les discussions, références…) et du contenu rich media. Les plus attentifs diront donc que c’est plus un concurrent (ou une extension) de Medpedia.

Autant je suis incapable de vous donner une échelle de temps pour l’adoption de Wave ou ShareFlow, autant je suis intimement convaincu que l’email est en phase de déclin et que les fichiers bureautiques sont condamnés. Ce n’est qu’une question de temps pour que les entreprises réalisent l’intérêt qu’elles ont à extraire les connaissances des emails et fichiers pour les réinjecter dans des plateformes collaboratives plus ouvertes et surtout extensibles.

Un très bon livret blanc sur l’Entreprise 2.0 publié par blueKiwi

Il existe de nombreux vendeurs de solutions estampillées « E2.0″, mais rares sont ceux qui ont une prise de parole intéressante sur le sujet. Il y a bien sûr de très bons blogs US, mais côté publications traditionnelles, c’est le désert.

Heureusement blueKiwi est là pour relever le niveau avec un très bon livret blanc téléchargeable gratuitement : L’Entreprise 2.0 : comment tirer profit des réseaux sociaux professionnels ?.

Le livret blanc de blueKiwi

Vous trouverez dans ce livret blanc une analyse très fine du contexte socio-économique actuel : Problèmes organisationnels liés à la mondialisation des ressources ; problèmes sociologiques avec l’arrivée sur le marché du travail de la fameuse génération Y.

Vous pourrez aussi trouver dans cet ouvrage une très bonne argumentation en faveur des réseaux sociaux d’entreprise et des politiques d’innovation fondées sur la fertilisation croisée et sur la co-création.

Enfin cet ouvrage fait le distinguo entre les contextes d’usage d’applications « 2.0″ grand public et d’entreprise. A noter la très intéressante idée de définir un rôle de Chief Network Officer comme une sorte de super-administrateur des communautés internes : « Le CNO est celui qui décline les besoins de l’entreprise en termes de « besoins réseaux » au service de l’efficacité collective. Il est à même de définir les types d’interactions à mettre en place, les informations à rendre accessibles et surtout les compétences et personnes à impliquer« .

Donc au final vous avez trois bonnes raisons de télécharger ce document :

  • Il est français (c’est rare) ;
  • Il est synthétique et très pertinent (c’est encore plus rare) ;
  • Il a été rédigé par Bertrand Duperrin et sa clique (c’est précieux).

Bonne lecture !