Peut-on envisager une entreprise sans SI ?
Dans la série « remettons en cause ce que nous tenons pour acquis« , je vous propose une petite réflexion sur la maturation des offres de SaaS et de cloud computing. Le point de départ de ma réflexion est le suivant : une entreprise a-t-elle nécessairement besoin de posséder son propre système d’information ? La question mérite d’être posée pour plusieurs raisons :
- Le SI n’est plus un levier de compétitivité pour une très large majorité d’entreprises ;
- Posséder et maintenir un S.I. coûte cher (matériel, personnel), aussi bien à l’installation, qu’à l’optimisation, qu’à l’évolution ;
- Il y a une très forte pression sur les marges, donc la nécessité d’optimiser les postes de coût ;
- Les offres de cloud computing sont de plus en plus mûres (cf. 2011 sera-t-elle l’année du cloud computing ?).
Bref, plus que jamais, la légitimité d’un SI propre à l’entreprise s’érode au fil du temps. Nous ne parlons pas ici de dégager tous les serveurs et licencier tous les informaticiens du jour au lendemain, mais plutôt de s’interroger sur l’intérêt réel d’internaliser la maintenance de son SI. Il y a ici une subtilité à saisir : exploiter une ou des plateformes de cloud computing ne veut pas dire se passer de l’outil informatique, mais juste d’en confier la maintenance à d’autres. J’ai ainsi déjà recueilli plusieurs témoignages de DSI me disant que depuis la migration de leur messagerie vers Gmail, ils ne comprenaient pas pourquoi ils se sont entêtés à maintenir leurs propres serveurs (activité à très faible valeur ajoutée).
La question se pose donc pour une société en création ou en développement. Il y a ainsi une taille critique (entre 5 et 10 employés) au-delà de laquelle il est nécessaire de bâtir un SI pour mieux gérer l’information et industrialiser les différents processus (production, facturation, comptabilité…). Les entreprises du tertiaire ont ainsi tout intérêt à y réfléchir à deux fois avant de recruter du personnel et d’acheter des serveurs. Installer son SI dans les nuages permet ainsi de limiter les investissements initiaux et de bénéficier d’un maximum de souplesse.
Nous assistons ainsi à une maturation sans précédent des offres de SaaS qui rendent cette hypothèse particulièrement intéressante. Dans ce domaine, Zoho est une figure incontournable avec une offre pléthorique qui couvre de nombreux domaines : CRM, facturation, vente, support, collaboration, capitalisation, reporting et même dernièrement comptabilité avec Zoho Books : Zoho Takes on Quickbooks with New Accounting Application. Il faut dire que l’éditeur US a déployé des efforts considérables pour proposer une offre cohérente et surtout très complète : 2010 Was the Year of Integration for Zoho.
Je pense que la complétude de l’offre est un critère essentiel, car si le cloud computing « à la carte » à fait ses preuves (déporter une partie des applications ou des données), si une entreprise peut trouver chez des éditeurs en ligne les solutions pour couvrir l’ensemble de ses besoins, pourquoi commencer à construire son propre SI ? Autant ne pas le faire et partir directement sur du 100% cloud.
Placer l’intégralité de son SI dans les nuages, une hérésie ? Pas tant que ça car les ressources humaines sont précieuses et que les coûts de mise en oeuvre d’un SI seraient bien mieux utilisés sur d’autres postes d’investissement. Encore une fois je ne suis pas en train de faire l’apologie du cloud computing, mais plutôt de me livrer à un exercice d’acculturation et de remise en cause. J’ai ainsi pu visiter l’année dernière une start-up très en pointe dans ce domaine (Navig.fr) qui propose une offre de ce type aux PMEs. Le saut culturel est dur à franchir (« je me fais déposséder de mes données et de mon outil de pilotage« ), mais une fois l’idée acceptée, c’est plutôt la solution inverse qui ne semble plus très viable (recruter du personnel, acheter des machines et gérer son propre SI).
Reste la question cruciale du choix de l’éditeur, et donc de la confiance que vous voulez bien accorder à un ou des éditeurs. Déporter son SI n’est pas une décision anodine, il faut donc miser sur un prestataire « solide ». Et à ce petit jeu là, Microsoft est visiblement en train de gagner des points : Why Microsoft Will Win The Small Business Cloud War. Voilà bien longtemps que le géant de Redmond prépare sa migration vers l’informatique distante et le modèle SaaS (sous l’impulsion notamment de Ray Ozzie). Plusieurs offres sont ainsi déjà déployées sous l’étendard Cloud Computing ou Online Services. Microsoft est-il l’éditeur le mieux placé pour fournir des solutions de cloud computing ? Vous vous doutez bien que je ne vais pas répondre à cette question ! Toujours est-il que pour le moment Zoho semble avoir une longueur d’avance avec une offre plus complète que les gros acteurs en présence (SalesForce, Google, IBM, Oracle) qui se contentent d’une offre plus morcelée (à la carte).
Mais revenons à nos moutons : peut-on envisager une entreprise sans SI ? Oui, je le pense sincèrement. Pas forcément une multinationale, mais une PME ou une petite structure (association, municipalité…) qui préfère déléguer plutôt que de subir la gestion quotidienne de son SI.














