Vers des App Stores internes ?

La semaine dernière a été marquée par un évènement important dans l’industrie du logiciel : le lancement du Mac App Store. Pour faire simple, le Mac App Store est aux macs ce qu’iTunes est aux iPhones : une chaine de distribution intégrée. L’idée d’Apple est donc de livrer ses ordinateurs avec une place de marché de logiciels directement liée au système d’exploitation (l’installation et les mises à jour sont transparentes). On retrouve ainsi sur cette place de marché un infinité d’éditeurs proposant de petits jeux et de véritables suites applicatives (iLife et très prochainement iWork).

Le Mac App Store d'Apple

Un coup de maitre pour Apple qui verrouille ainsi encore plus son modèle de distribution en captant une commission à chaque logiciel vendu. Steve Jobs, un génie ? Pas du tout, car il a tout copié sur les éditeurs BtoB. SalesForce, Google et plus récemment Jive proposent ainsi leur propre App Store (respectivement AppExchange, Apps Marketplace et Apps Market).

La marketplace d'applications d'entreprise de Google

En poussant la réflexion un peu plus loin, nous pourrions même dire que c’est Microsoft qui a inventé ce modèle avec Windows : un environnement d’exécution pour des logiciels et périphériques commercialisés par des partenaires devant verser une « taxe de compatibilité ». Ce principe est-il discutable ? Non pas du tout, c’est le prix à payer pour avoir un environnement de travail et de loisir qui soit le plus riche possible. Certains font le choix, comme Apple, de sacrifier la diversité au profit d’une expérience d’utilisation plus homogène (et plus qualitative), mais dans cette histoire j’ai l’impression que tout le monde y trouve son compte.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Tout simplement car ce principe d’App Store pourrait tout à fait trouver sa place en entreprise. Tout ce dont l’entreprise a besoin, c’est d’un écosystème de développeurs suffisamment vaste pour pouvoir servir la demande. Les grands groupes internationaux, banques, assurances et autres gros industriels y trouveraient ainsi un cadre tout à fait intéressant pour faire évoluer leur S.I.

Dans cette histoire, tout le monde y gagnerait :

  • Les utilisateurs pourraient faire évoluer leur poste de travail plus facilement (en fonction de leurs besoins) ;
  • Les DSI pourraient surveiller le parc de façon beaucoup plus efficace (qui à installé quoi et s’en sert quand) ;
  • Les éditeurs pourraient avoir une vision plus précise sur la façon dont leurs outils sont appréhendés (évaluations, nombre d’installations, usages…) de même qu’un processus de mise à jour bien plus simple ;
  • Les directions métier et MOA bénéficieraient d’un cadre plus rigoureux pour faire leurs expressions de besoins.

Vous pourriez me dire que cette vision est très naïve et que le principe d’urbanisation des S.I. existait bien avant les App Stores, mais je ne peux m’empêcher de penser que le grand public ayant été éduqué selon le modèle iTunes, il sont maintenant plus enclin à reprendre l’initiative sur leurs outils informatiques.

Nous parlons alors d’une plateforme complète proposant :

  • Un ensemble de flux de données brutes publiées dans un format standardisé ;
  • Des outils de création d’applications qui exploiteraient ces flux de de données ;
  • Une place de marché de distribution des applications avec un mécanisme de recommandations en fonction de votre fonction ;
  • Un système de mises à jour simplifié (pour les flux et les applications).

Serait-ce une hérésie de penser que les utilisateurs concevraient eux-mêmes leurs propres outils ? Pas tant que ça dans la mesure où nous commençons à voir apparaitre des environnements de développement et des pseudo-langages destinés aux enfants (4 Tools for Teaching Kids to Code et 4 (More) Tools for Teaching Kids to Code). Si des enfants peuvent créer leurs propres jeux, pourquoi des salariés ne pourraient pas créer leurs propres applications ? L’idée ne serait pas de laisser les collaborateurs se débrouiller, mais plutôt de laisser la possibilité aux collaborateurs les plus entreprenants / exigeants de se créer les outils qui correspondent le mieux à leurs attentes. La DSI et la maîtrise d’ouvrage endosserait alors un rôle d’évangélisateur, de stimulateur et de coach. Ils pourraient également assurer le contrôle des opérations (performances, conformité…).

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de solutions comme Mashup Center d’IBM qui pourraient tout à fait s’inscrire dans cette logique de S.I. à la carte. L’App Store serait alors le chaînon manquant pour familiariser les utilisateurs avec le principe de mini-applications et pour faciliter la découverte de l’App Store interne et sa prise en main. Il a quelques années j’envisageais une évolution des intranets vers des wikis applicatifs, finalement c’est peut-être un modèle à la iTunes / Mac App Store qui sera le plus probable.

Création de mashup d'entreprise avec IBM Mashup Center

Dans l’absolu, un App Store interne serait d’autant plus intéressant si les éditeurs traditionnels pouvaient y distribuer leurs logiciels, mais il faudrait alors pouvoir capitaliser sur un socle technique standardisé. Le basculement d’un S.I. traditionnel à un S.I. standardisé représenterait un chantier titanesque, mais c’est justement là où les clouds privés pourraient offrir le plus de valeur ajoutée : s’affranchir des contraintes de déploiement, bénéficier d’un écosystème dynamique tout en conservant une parfaite maîtrise de l’endroit où sont stockées les données. Les clouds privés (partagés) sont ainsi un compromis tout à fait intéressant pour les entreprises qui veulent garder un minimum de contrôle.

Moralité : qui aurait crû au lancement de l’iPod qu’Apple allait oeuvrer pour l’évangélisation du cloud compting ? Bon OK, c’est un peu tiré par les cheveux mais je reste persuadé que les App Store vont permettre de simplifier la compréhension et l’appréhension des système d’information à la carte (un concept auquel je suis très attaché).

Adobe Genesis = Le PDF reader de la collaboration ?

C’est dans indifférence la plus totale qu’Adobe a officialisé la semaine dernière son projet Genesis. Présenté comme une outil de mashup collaboratif, je le décrirait plus comme un lecteur universel de documents avec une couche de collaboration et de communication : Code Name Genesis – The Future of the Enterprise Desktop. L’objectif étant de facilité la collaboration à distance et de réduire le nombre de réunions.

La proposition de valeur est la suivante : Les collaborateurs installent le ‘player‘ Genesis et accèdent à un espace de collaboration en ligne, cet espace est défini par un template (à choisir dans une liste) et par les nombre de données représentées (documents, sites web, fenêtre de chat et de visio-conférence…). Lire à ce sujet : Adobe readying new mashup tool for business users.

Il y a également un volet ‘Manager‘ qui permet de configurer les différents espaces de travail et de gérer les droits d’accès et les permissions :

Plus d’infos ici : Aperçu de Adobe Genesis.

Genesis = Connect 2.0 ?

Donc dans les faits, nous pouvons considérer ce projet comme le successeur officieux de Connect qui propose sensiblement la même chose mais en Flash (espaces de collaboration en ligne). La grande nouveauté vient de l’utilisation de la technologie AIR pour réaliser le player. Ce dernier sera donc facile à déployer et à maintenir, mais surtout permettra d’accéder aux ressources stockées sur le disque dur des collaborateurs (chose que Flash -ni aucun navigateur- ne peut faire).

De plus, cette offre sera dans un premier temps proposé en mode SaaS (via les infrastructure d’Adobe) mais pourra dans un second temps être internalisée (en ayant recours à un serveur hébergé dans le domaine de confiance du S.I. de l’entreprise).

Nous avons donc au final une très belle solution en ligne de collaboration en temps réel. Très pratique pour ne pas avoir à se dépatouiller des différentes versions de documents / logiciels et pour essayer d’optimiser le temps des collaborateurs (moins de réunions « physiques »).

Le wiki comme format universel de la collaboration en ligne ?

En poussant la réflexion un peu plus loin nous sommes en droit de nous demander si finalement la clé de tout ceci serait de s’affranchir des formats bureautiques (Word, Excel, Powerpoint…) et au final des fichiers. Même si Genesis apporte une solution intéressante pour réduire la dépendance aux outils bureautiques traditionnels (mail, office…), je ne peux m’empêcher de considérer cette offre comme une solution de transition vers des outils / pratiques réellement plus légères comme les intranets wikifiés. En ce sens, le Mashup Center d’IBM propose une approche moins centrée sur les fichiers et plus sur les mashup d’où le nom du produit).

Difficile pour le moment d’évaluer quel va être le coût de cette offre mais tant qu’à bouleverser les habitudes et imposer un nouvel outil, autant voir les choses en grand et extraire la connaissance et les données des fichiers pour les ré-injecter dans des wikis. Résultat : plus aucun problème de déploiement, de gestion des versions, de compatibilité…

Mais revenons les pieds sur Terre : les fichiers et formats bureautiques sont encore très largement répandus et il faudra bien une génération pour s’en débarrasser. Espérons que la génération Z nous aidera à accélérer la manœuvre.

IBM lance son outil de mashup d’entreprise

Après plusieurs mois (années ?) d’expérimentation, IBM vient d’annoncer la disponibilité de son outil de mashup d’entreprise : IBM Mashup Center.

L’objectif de cet outil est de permettre aux employés de créer leur propre mini-application au travers d’un éditeur en ligne : ils sélectionnent une ou des sources d’information, ils y appliquent des filtres et des traitements puis ils définissent un format de sortie. Voilà, c’est aussi simple que ça, une sorte de Yahoo! Pipes pour l’entreprise. Il s’agira visiblement d’une offre hébergée. Pour plus d’infos, voir le communiqué de presse : Mashups Go Mainstream: IBM Launches Industry’s First Mashup Portfolio for Business.

D’après Forrester, la marché des mashup d’entreprise représentera 700 millions de $ de dollars en 2013. Tout le monde se moque complètement de ces statistiques farfelues, il n’empêche que les premiers clients sont déjà là (notamment Boeing et Carrefour, pas des moindres).

Même s’il existait déjà des expérimentations très intéressantes chez IBM (notamment DAMIA), la disponibilité prochaine de cette offre risque de bouleverser le marché (les américains appellent ça la mashosphere) et les acteurs déjà présents comme JackBe. Entendons-nous bien, il s’agit là d’outils de mashup d’entreprise, pas de PaaS, plus puissant, mais bien plus complexe.

L’objectif poursuivit est de donner plus de souplesse aux utilisateurs pour qu’ils exploitent mieux les informations et données présentes dans leur entreprise, pas pour qu’ils se composent leur propre système d’information.

Reste maintenant à IBM de propose une solution fiable de portail personnel personnalisable, car ce n’est pas le tout de remixer des flux de donnés, il faut aussi les lire et les agréger (au sein de portails d’entreprise comme Netvibes, Portaneo ou PersonAll).

IBM est décidément un acteur de pointe dans le domaine de l’E2.0, quel dommage par contre que son offre soit aussi dispersée : Lotus Connections, Lotus QuickR et tous les outils en beta test (Mashup Startup Kit). Peut-être faudrait-il penser à adopter une approche plus lisible pour bien évangéliser le marché ?

(via InfoWorld)