Toujours plus d’acteurs sur le créneau des solutions de collaboration

Voilà bien longtemps que je n’ai pas parlé de solutions de collaboration. Je profite donc du dernier rapport de Forrester pour aborder à nouveau ce sujet : The Forrester Wave: Enterprise Social Platforms, Q3 2011. Dès l’introduction du rapport, le ton est donné : « A Rapidly Maturing Field« . Il faut bien avouer que le créneau des solutions de collaboration et autres social intranet suits est en plein boom et que les différents acteurs se livrent à une bataille acharnée pour conquérir des parts de marché. Pour avoir suivi de près ce secteur, je rejoins l’avis de l’auteur du rapport qui nous explique que certains acteurs progressent plus vite que d’autres.

La classification des solutions de collaboration de Forrester

Le rapport met en évidence trois acteurs : Jive, IBM et Telligent. Dans le schéma ci-dessus, on constate que Jive est l’éditeur le plus en avance, il faut dire qu’ils ont lourdement investi pour faire évoluer leur solution. Ils comptent d’ailleurs bien profiter de cette avance pour s’introduire en bourse très prochainement, une IPO particulièrement contestée : Jive Software’s IPO Is Either Really Good News Or Really Bad News et What Jive’s IPO Says About Social Software Market. Ce n’est pas tant la pertinence de la solution qui est mise en cause, mais plutôt la fragilité financière de l’éditeur dont les pertes sont quasiment équivalentes au C.A.

Bref, inutile de jouer les oiseaux de mauvais augure, plutôt que de prédire un probable retour de la bulle spéculative sur les introductions en bourse hasardeuses des start-up, je préfère plutôt y voir un signe que les enjeux autour des solutions de collaboration sont réellement importants et que l’innovation tourne à plein régime.

Cette innovation est la bienvenue, car je constate un certain déséquilibre dans les solutions du marché. Je suis ainsi impliqué dans plusieurs missions qui m’ont amené à auditer différentes solutions et je constate une certaine disparité, à savoir une concurrence fragmentée avec des acteurs de niche, mais très peu d’offres complètes. Dans un précédent article, j’avais ainsi identifié les 5 composantes de l’intranet 2.0 : Information, connaissance, communautés, collaboration et applications / données. La plupart des offres du marché couvrent en effet une à deux composantes (en fonction de leur métier d’origine), mais rarement l’ensemble des composantes de l’intranet 2.0.

Du coup j’ai passé un peu de temps dans le référentiel Useo (dont j’avais déjà parlé ici : Nouvelle version du référentiel de RSE d’Useo et Compte-rendu de la présentation du référentiel Useo) pour voir comment le marché avait évolué. Bonne surprise, de nombreuses solutions d’éditeurs français sont venues compléter les acteurs « historiques » (Zoom sur 4 offres françaises : Xwiki, SeeMy, Jamespot et blueKiwi).

Comme je suis un indécrottable chauvin, je vous propose un petit coup de projecteur sur les solutions qui ont retenu mon attention :

  • eXo, un éditeur proposant une plateforme assez complète avec différents modules applicatifs (contenu, collaboration, connaissances, social…). Déjà bien complète en V.3, la solution s’oriente vers une plus grande interopérabilité avec votre S.I. et un focus particulier sur l’ergonomie et l’expérience utilisateur.

    Les espaces de travail dans eXo

  • Jalios avec sa solution JCMS qui se présente comme un portail collaboratif de nouvelle génération. Historiquement issue du monde de la GED et de la gestion de contenu, l’offre a été visiblement enrichie de nombreux modules fonctionnels (gestion de projet, collaboration, conversations, intégration avec les outils bureautiques…). Elle propose de plus un volet mobile avec des accès smartphones (iPhone et Android).

    La boîte à idées dans Jalios

  • Silverpeas, qui se présente comme une solution globale de communication collaborative. Cette dernière met avant tout l’accent sur la gestion de ressources documentaires et les espaces de travail, mais propose de nombreux autres modules et même une version mobile.

    Le mur d'activité dans Silverpeas

Je pousse donc un grand COCORICO, car les éditeurs français sont présents en nombre sur ce créneau ultradynamique. Bravo à eux !

(via CMS Wire)

Définition et usages de l’intranet 2.0

Voilà un petit moment que l’on parle d’intranet 2.0 ou de social intranet (j’en parlais déjà en 2007 : Les dernières tendances en matière d’intranet 2.0), mais a-t-on déjà pris le temps d’en définir les contours ? Bon en fait il existe déjà de nombreuses définitions et c’est plutôt moi qui suis à la traine sur ce sujet… Je vous propose donc de rattraper ce retard et de faire le point avec vous sur ce meta-concept. « Meta-concept » ? Oui tout à fait, car il n’existe pas réellement de définition précise, uniquement des interprétations de l’évolution de l’outil informatique en entreprise. Vaste sujet qui mérite quelques explications.

Car il faut bien préciser que le fait de greffer un système de commentaires sur un intranet traditionnel est loin d’être suffisant. C’est une étape importante, certes, mais la route reste longue vers la vision idéaliste d’une plateforme collaborative et sociale intégrée.

Définitions

Comme précisé plus haut, il n’existe pas de définition officielle ni rigoureuse. Si l’on s’en tient à la définition d’un intranet (« Un réseau informatique utilisé à l’intérieur d’une entreprise utilisant les technologies de communication d’Internet : web, email…« ), alors la définition générique devrait être : « Un réseau informatique utilisé à l’intérieur d’une entreprise utilisant les technologies et pratiques du web 2.0 : intelligence collective, flux RSS, wikis… »

Vous conviendrez que ce n’est pas très satisfaisant, je vous propose donc de vous pencher sur d’autres définitions, à commencer par celle de Xavier Aucompte qui isole trois types d’intranets 2.0 :

  • Les intranets 2.0 fonctionnels qui reposent sur les outils du web 2.0 (RSS, blogs, mashups..) ;
  • Les intranets 2.0 innovant qui sont centrés sur l’innovation participative et la co-création ;
  • Les intranets 2.0 d’entreprise qui mettent l’accent sur les collaborateurs et les processus internes.

Ces trois familles ne sont pas exclusives, elles se combinent et peuvent être assimilées à des couches qui s’implémentent dans n’importe quel ordre.

Puisque l’on parle de couches (conversationnelles, relationnelles, transactionnelles…), je vous propose ce très bon schéma d’Alex Dowbor : Social Intranet, The Intersection Diagram.

L'intranet social à l'intersection des outils internes

Sur ce schéma ressortent bien les forces et faiblesses des 3 modèles d’intranet :

  • Les portails d’entreprise qui sont centrés sur le contenu et la connaissance, mais manquent de participation ;
  • Les plateformes de discussions qui sont déconnectées des processus et applications métiers ;
  • Les outils de collaboration qui sont pauvres en contenus.

L’intranet 2.0 ou « social intranet » se trouverait donc à l’intersection de ces 3 modèles.

Poursuivons avec la définition de notre Bertrand national : Qu’est-ce qu’un intranet social ou un intranet 2.0 ?. Toujours prudent vis-à-vis des buzzword, l’auteur liste un certain nombre d’évolutions nécessaires à apporter aux intranets traditionnels :

  • Une socialisation de l’information (personnalisation, partage, filtrage, relais, enrichissement…) ;
  • Une socialisation des collaborateurs (notamment au travers des profils enrichis) ;
  • Des leviers d’incitation à la publication / collaboration (dans une logique EtoE) ;
  • La socialisation des outils métier (au travers de connecteurs « sociaux ») ;
  • Les outils de rapprochement (qui permettent de trouver par affinité des collaborateurs, informations, données…) ;
  • La conduite du changement (qui permet de lier tout ceci et surtout d’impliquer durablement les collaborateurs dans cette logique contributive).

J’aime beaucoup l’idée que l’intranet 2.0 n’est pas un cap à franchir, mais plutôt une vision idéaliste dont on se rapproche en procédant par évolutions successives. Il n’existe ainsi pas réellement de palier à partir duquel votre intranet passe du statut de « 1.0″ à celui de « 2.0″.

Dans cette optique, je clôturerais cette partie en mentionnant l’Intranet Maturity Model de Razorfish (qui n’est plus en ligne), qui décrivait les différentes étapes de maturation d’un intranet :

Les 6 étapes de maturation vers de l'intranet 2.0

Comme nous venons de le voir, chacun à sa propre lecture et il n’existe pas de mauvaise définition. Je ne me risquerais donc pas à proposer ma propre définition, je vous propose plutôt de raisonner par composants.

Les 5 composantes d’un intranet 2.0

Comme nous venons de le voir, l’intranet 2.0 est plus une vision idéaliste qu’un ensemble fini de fonctionnalités à assembler. J’ai ainsi identifié 5 composantes principales qui tendent à rapprocher un intranet de cette vision idéaliste du « 2.0″ :

  • Information. Pour être qualifiée de « 2.0″, l’information doit pouvoir circuler de bas en haut et de façon transversale. Cela nécessite donc des canaux de distribution souples et performants (flux RSS, alertes, flux en temps réel…). L’information doit aussi pouvoir être filtrée, relayée, agrégée et enrichie (au travers de commentaires, notes…).
  • Connaissance. Une gestion de la connaissance efficace passe par des bonnes pratiques de capitalisation (grâce aux wikis) et de structuration (grâce aux tags). Cette connaissance doit également pouvoir être facilement diffusée de façon formelle ou informelle (au travers de blogs, de FAQ collaboratives ou de plateforme de social learning).
  • Communautés. Pas de 2.0 sans réseau social d’entreprise. Les collaborateurs doivent donc bénéficier d’un profil riche sur le RSE (qui va au-delà des coordonnées et intitulés de poste). Ils doivent également pouvoir rejoindre des groupes (publics, privés ou cachés) ainsi que contribuer à des thématiques (en utilisant un système de thèmes hiérarchisés).
  • Collaboration. Impossible de parler de « 2.0″ sans aborder la collaboration. Nous parlons bien ici de collaboration active autour d’outils de gestion de projet, de serious games, d’espaces de travail en ligne et d’ideagoras (pour faire de la co-création).
  • Applications et données. Les intranets intègrent une couche applicative depuis bien longtemps, l’évolution logique va donc être d’assouplir ces applications ainsi que leur exploitation / évolution / découverte à l’aide de Marketplace ou App Store, de fonctions de mashup d’entreprise ou de tableaux de bord personnalisables.

Ces 5 composantes regroupent selon moi l’essentiel des améliorations à apporter aux intranets traditionnels. Ces améliorations peuvent être réalisées dans n’importe quel ordre et doivent s’étaler dans le temps sous peine d’être confrontées à une forte résistance au changement.

Vue idéaliste de l'intranet 2.0

Il existe de nombreux outils et solutions permettant de greffer ces fonctionnalités à un existant, mais l’important n’est pas le nombre de fonctionnalités, mais leur intégration au S.I. et aux processus internes de l’entreprise. Il est en effet beaucoup plus simple d’exploiter une suite « sociale » en ligne pour contourner les problèmes de déploiement et de comptabilité, mais elle ne délivrera son réel potentiel que si elle s’intègre dans le quotidien des collaborateurs (dans leurs habitudes et réflexes).

Si vous avez ou connaissez d’autres définitions, n’hésitez pas à publier des liens dans les commentaires.

Libre expression dans l’entreprise

Une entreprise 2.0 est une entreprise qui utilise les outils et les principes du web 2.0 pour augmenter sa productivité et sa créativité, c’est une entreprise qui croit dans le potentiel de chacun de ses salariés et dans l’intelligence collective. Par conséquent c’est aussi une entreprise à l’écoute de ses employés, de leurs doléances et de leurs recommandations.

Après avoir assisté aux débats sur les sites comme notetonentreprise, opentojob ou cotetaboite qui permettent aux salariés de noter leurs entreprises, je me pose aujourd’hui la question de la mise à disposition des salariés par l’entreprise d’une place de libre expression.

J’entends par « place de libre expression » un outil interne (cad consultable uniquement par l’entreprise) où les salariés peuvent s’exprimer sur l’entreprise tout en gardant s’ils le souhaitent leur anonymat. Cela peut se traduire par un forum, un blog ou encore un réseau social dédié à l’entreprise.

Pour la libre expression

Une place de libre expression peut permettre à la direction de découvrir des maux dont elle n’avait pas conscience, d’anticiper des crises, de voir émerger des idées. Cela peut également donner la possibilité aux salariés de s’auto-gérer et de trouver eux-mêmes des solutions à leurs propres problèmes. D’autre part le principe même de mise en place de cet outil peut être perçu très positivement comme un signe de confiance et de reconnaissance.

Contre la libre expression

Bien sûr il y a beaucoup d’arguments contre la mise en œuvre d’une place de libre expression. Il y a d’abord la peur de perdre le contrôle d’un outil qui a été mis à la disposition des salariés par l’entreprise. Que ceux-ci s’expriment entre eux, c’est une chose, mais que l’entreprise les pousse à le faire, c’en est une autre. Bien que favorable moi-même à ce genre d’outils, je reconnais qu’il peut générer des dérives et qu’il ne peut donc pas rester sans contrôle. Il est d’ailleurs important de rappeler que, légalement, si le salarié jouit dans l’entreprise d’une liberté d’expression, il ne peut toutefois abuser de cette liberté en tenant des propos injurieux, diffamatoires ou excessifs.

Quoiqu’il en soit, alors que de plus en plus d’entreprises utilisent le crowdsourcing ou UGC (User Generated Content) et plus généralement les médias sociaux dans leurs stratégies de communication et de marketing, fort est de constater que rares sont celles à avoir fait le pas du web 2.0 dans leur communication interne et la gestion de leurs ressources humaines.

Quel choc culturel cela va être quand les digital natives vont débarquer dans nos entreprises au fonctionnement ultra vertical, eux qui sont habitués depuis toujours à donner leur opinion, à le partager et à se construire sur la critique.

PS : J’ai volontairement exclus de cette réflexion les délégués du personnel qui ont très probablement un rôle à jouer dans la mise en place / gestion / modération de ces outils de libre expression.

Les dernières tendances en matière d’intranet 2.0

J’avais participé en tout début d’année avec Jane McConnell à une présentation des tendances de l’année 2007. Cette mini-conférence avait été l’occasion pour Jane de présenter les résultats d’une étude très ambitieuse sur l’implémentation d’outils et pratiques « 2.0″ au sein des intranets de grands groupes (oui c’est bien d’Entreprise 2.0 dont nous parlons).

Et bien figurez-vous que c’est Noël avant l’heure puisque Jane vient de publier une nouvelle version de son étude annuelle sur les intranets : The Global Intranet Reports 2007, “Trends” and “Analysis”. Vous y trouverez tout un tas de données et de retours d’expérience sur comment les grandes sociétés ont ou projettent d’implémenter des outils “2.0″ au sein de leur intranet.

Ces deux documents sont bien évidement payants mais l’auteur vous propose de télécharger deux documents gratuits :

On apprend des choses très intéressantes dans ces documents et notamment les enseignements suivants :

  • les employés sont très attachés à l’email (les habitudes ont la vie dur) et il faut redoubler d’efforts pour les habituer à exploiter ces nouveaux outils (blogs, wikis, espaces de travail collaboratifs…) ;
  • Les blogs internes demandent beaucoup plus d’efforts qu’il n’y parait (surtout un effort d’animation) ;
  • Les wikis posent généralement deux problèmes : leur interface qui déroute les néophytes ainsi que leur évolution dans le temps (maintenance des pages et de la pseudo-structure) ;
  • Les outils “2.0″ ont tendance à cannibaliser le reste du contenu des intranets.

Comme je sais que vous aimez bien les schémas, voici un petit graphique de répartition des initiatives par type d’outils (Intranet 2.0 Landscape) :

Intrnet2.0_Landscape.jpg

En tout ca une très belle étude pour alimenter votre réflexion.

Tant que j’y suis, je vous recommande la lecture de ces deux articles connexes :

EnterpriseCollaborationMaturityModel.jpg

/!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.