Vers des modèles de collaboration intermédiaires

Nous sommes en 2012, et la vision utopique de l’Entreprise 2.0 telle que décrite il y a déjà cinq ans a du plomb dans l’aile. Force est de constater que l’adoption d’outils et de pratiques « 2.0″ est plus long que prévu (Despite The Hype, Few Enterprise Workers Embrace Social Software). Et pour cause : les habitudes ont la vie dure. Repenser l’organisation interne, les processus et stimuler la collaboration est un chantier très laborieux, où tout le monde dit y trouver son compte (cf. Maslow’s Hierarchy of Enterprise 2.0 ROI).

La pyramide des besoins de Maslow adaptée à l

De ce fait, si le déploiement à grande échelle des pratiques collaboratives et sociales est bien plus longue que prévue, les collaborateurs les plus motivés compensent ce délai par l’adoption d’outils intermédiaires. L’idée est de pouvoir faire de la collaboration « douce » sans trop changer les habitudes et/ou outils. Dans ce contexte, une catégorie d’acteurs est en pleine croissance : Dropbox, Box, Evernote, Instapaper… sont autant de nouveaux entrants qui se positionnent sur ce créneau intermédiaire de collaboration.

L'interface d'Evernote

Pourquoi ces services connaissent-ils un tel succès ? Principalement car ils sont beaucoup moins intimidants que des outils plus comme les interfaces de co-rédaction ou les wikis. Ces services sont à mi-chemin entre l’Entreprise 1.0 (celle des fichiers et des emails) et l’Entreprise 2.0, ils s’ancrent dans un modèle de collaboration beaucoup moins perturbant, où les utilisateurs gardent un bien plus grand contrôle qu’avec des plateformes de collaboration intégrées.

Quand on y réfléchit bien, le succès de ces services repose sur deux ingrédients essentiels :

  • Le cloud, qui facilite grandement le partage des fichiers ainsi que leur pérennisation. Pour faire simple, disons qu’un stockage dans les nuages permet de libérer les utilisateurs de nombreuses contraintes.
  • La proximité, car ces services permettent de générer des interactions sociales et de la collaboration au plus près des documents (fichiers, notes ou articles).

Je ne me risquerais pas à faire une comparaison de la performance de telle ou telle solution vis-à-vis de suites collaboratives plus complète. Ce que je peux par contre vous dire, est que ces services sont des solutions intermédiaires tout à fait convaincantes pour compenser les faiblesses des S.I. sans toutefois forcer les salariés à adopter une posture collaborative trop disruptive / impliquante pour eux (ne pas trop changer leurs habitudes et méthodes de travail).

Est-ce qu’au final l’entreprise y gagne ? Oui et non. Oui, car cela facilité grandement la collaboration « douce » au quotidien et assure une transition en douceur vers des pratiques collaboratives plus intensives. Non, car cela participe à l’éparpillement des données et connaissances sur de multiples comptes individuels.

J’ai un avis assez tranché sur ces services (j’aime bien Dropbox, mais pour solutionner le problème du partage de fichier, le plus simple est de supprimer le fichier), il n’empêche que ces services sont une réalité pour bon nombre de collaborateurs qui ne sont pas près à franchir le pas. Il convient donc de les étudier de près et de voir dans quelle mesure ils peuvent être exploités dans de bonnes conditions (notamment de sécurité et d’intégration avec le S.I.).

Ceci étant dit, plus les salariés vont utiliser ces services, et plus ils se rendront compte de leurs limites et voudront passer à des modèles de collaboration plus sophistiqués et plus performants. Mais d’un autre côté, le périmètre fonctionnel s’élargit à vitesse grand V, comme en témoignent les dernières nouveautés chez Evernote (Peek, Clearly, Hello…). Moralité : il va falloir faire avec…

De la maturation des usages du cloud computing

Suite à un premier article (Définition et usages du cloud computing), l’actualité me pousse à aborder de nouveau ce sujet. Le cloud computing est en effet un sujet très chaud en ce moment avec notamment le plantage de la plateforme Amazon Web Services : Inside Amazon’s Cloud Disaster. La plateforme d’Amazon étant très populaire (elle héberge de nombreux services en ligne), cette indisponibilité a fait beaucoup de bruit et soulevée beaucoup de questions sur l’avenir du cloud computing. Le débat ne porte pas tant sur l’informatique distante en elle-même mais plutôt sur la façon dont les entreprises vont déployer leur S.I. sur le cloud. Le plantage d’Amazon nous montre ainsi qu’aucun système informatique n’est parfaitement stable 100% du temps (de toure façon, ce n’est parce que vos équipes gèrent elles-même les machines que vous aurez un meilleur score de disponibilité). Cet incident va par contre pousser les entreprises utilisatrices à adopter une approche plus diversifiée du cloud. Vous noterez au passage que Google en a profité pour faire du lobbying sécuritaire : Google Offers An Unusual Glimpse Inside One Of Its Data Centers.

Le marché est donc en voie de maturation sur les usages du cloud computing. À ce sujet, le dernier rapport de Forrester est assez explicite : De nombreux segments et sous-segments sont en train d’émerger pou r accompagner la croissance. Vous connaissiez déjà le SaaS, PaaS, IaaS, on nous parle maintenant de Business Process as a Service (BPaaS).

La segmentation des usages du cloud par Forrester

Le rapport (Sizing the Cloud) est d’ailleurs très optimiste sur l’évolution du marché et prévoit un volume d’affaires de plus de 241 MM$ en 2020 (par rapport aux 40MM$ estimé pour 2011). C’est donc un marché considérable qui va forcément beaucoup évoluer pour apporter de la sophistication aux offres et mieux séduire / fidéliser les clients. L’auteur du rapport anticipe ainsi un tassement de la croissance des offres d’IaaS (comme EC2 et Rockspace) et une croissance soutenue pour les offres de SaaS bénéficiant de nouvelles innovations (HTML5 ? cloudbook ?).

En échos au plantage de la plateforme d’Amazon et toujours pour illustrer cette maturité du marché, je vous recommande fortement la lecture de ces deux articles publiés par Louis Naugès : Cloud communautaire : la troisième voie et sa deuxième partie. L’auteur y détail une approche diversifiée du cloud computing reposant sur l’exploitation de différents modèles : clouds publics, privés et communautaires. Cette configuration diversifiée permettrait ainsi de limiter les risques et surtout de réduire la dépendance à un fournisseur.

Cette dépendance est également un sujet de discussion très chaud en ce moment : Choisir une technologie ou une suite applicative était un choix déjà compliqué, mais s’il faut en plus se creuser la tête pour choisir le bon fournisseur de solutions d’hébergement / d’exploitation en cloud, ça devient sacrément compliqué. Certains avancent donc le besoin d’offres de cloud computing parfaitement ouvertes pour faciliter la migration des clients : De l’importance de l’Open Cloud. Dans la continuité de ce qui a été dit plus haut, l’Open Cloud Manifesto est également une autre preuve de la maturation du marché.

Pour finir, signalons également l’initiative Open Compute Project de Facebook qui vise à améliorer l’efficacité des data centers : Building Efficient Data Centers with the Open Compute Project. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en partageant les schémas d’infrastructure de ses centres de données, Facebook met les acteurs du cloud dans une position délicate : Facebook Trumped Google Today  And Embarrassed A Lot Of Other Companies Too.

Donc au final, est-ce que l’incident sur la plateforme d’Amazon aura une incidence négative sur le secteur ? Non pas du tout. Il aura par contre permis de rappeler quelques règles essentielles de prudence en matière d’hébergement d’applications critiques, et de faire progresser les réflexions sur la nécessité de répartir les ressources et données distantes.

La prochaine étape de maturation devrait logiquement concerner le grand public avec notamment le lancement des offres de musique en ligne d’Apple et Google. Une fois que les utilisateurs pourront apprécier à sa juste valeur le cloud (avantages et inconvénients), les usages dans le monde professionnel devraient s’accélérer et se diversifier.

Définition et usages du cloud computing

Vous ne vous en êtes sûrement pas rendu compte, mais depuis que j’ai commencé à rédiger ce blog, je vous parle de cloud computing. Et oui, car le cloud est un des ingrédients essentiels des outils et pratiques affiliés à l’Entreprise 2.0 (Connecting the Dots Between the Cloud and Enterprise 2.0). Il est donc tout naturel que je consacre un article à ce sujet.

Il faut dire qu’en ce moment le sujet est très chaud. Correction : voilà plusieurs années que le sujet est chaud (), mais l’année 2011 s’annonce comme particulièrement riche en annonces surprenantes (2011 sera-t-elle l’année du cloud computing ? et La Chine construit une ville dédiée au Cloud Computing) et en mises en garde (Cloud Computing Bubble Looks Like Dot-Com Bubble). Il existe déjà quantité de matière et de spécialistes (dont Louis Naugès et Guillaume Plouin), aussi je me concentrerais sur une vision très personnelle du cloud (liée aux usages).

Cloud computing = informatique distante

Commençons par le commencement avec le traditionnel exercice de la définition. Le cloud computing est un concept assez vaste, aussi les définitions varient. Je vous en propose ici une compilation :

  • Pour Wikipedia : « Le Cloud computing est un concept qui consiste à déporter sur des serveurs distants des traitements informatiques traditionnellement localisés sur le poste client de l’utilisateur » ;
  • Pour Génération NT : « Le cloud computing est un concept d’organisation informatique qui place Internet au coeur de l’activité des entreprises, il permet d’utiliser des ressources matérielles distantes pour créer des services accessibles en ligne » ;
  • Pour le NIST : « Le cloud computing est une nouvelle façon de délivrer les ressources informatiques, et non une nouvelle technologie« .

Avec ces trois définitions, nous avons de quoi faire… surtout avec la définition étendue proposée par le NIST : « C’est un modèle qui permet l’accès au réseau à la demande. Les ressources sont partagées et la puissance de calcul est configurable en fonction des besoins. Le client peut bénéficier d’une flexibilité importante avec un effort minimal de gestion. » Le NIST pousse sa définition encore plus loin en isolant :

  • 5 caractéristiques principales (un accès en libre-service à la demande, un accès ubiquitaire au réseau, une mise en commun des ressources, une élasticité rapide et un service mesuré en permanence) ;
  • 3 modèles de service (Software as a Service, Plateform as a Service et Infrastructure as a Service) ;
  • 4 modèles de déploiement (public, privé, communautaire et hybride).

Tout ceci est très précis, mais un peu trop jargonnant à mon goût. Je n’ai pas la prétention de rédiger la meilleure définition, mais plutôt de simplifier celles existantes. Je vous propose donc cette définition : « Le could computing désigne l’exploitation de ressources informatiques distantes permettant d’exploiter des services en ligne à la demande« .

La notion d’informatique « distante » est pour moi beaucoup plus parlante que d’informatique « dans les nuages » qui est beaucoup trop vague et de plus trompeuse (les données et traitements sont effectués dans des data centers généralement installés dans des sous-sols).

La clé pour bien comprendre le cloud computing est plutôt de s’intéresser aux usages. Le cloud computing permet ainsi de s’affranchir des contraintes de l’outil informatique traditionnel (installation et mise à jour des logiciels, espace de stockage, portabilité des données…) tout en facilitant la collaboration (circulation de l’information, production ou révision de documents à plusieurs mains…).  À partir du moment où, du point de vue des collaborateurs, tout se passe dans le navigateur, c’est forcément plus simple.

Acteurs et usages du cloud computing

De nombreux acteurs sont déjà positionnés sur le cloud : aussi bien des acteurs traditionnels (Microsoft, IBM, Cisco, HP, Dell…), que des éditeurs de logiciels et services (Oracle, Google, Adobe…), que des nouveaux entrants (Amazon, SalesForce, Zoho…). Pour une vision plus précise, je vous recommande l’article suivant : A Muddled Look at Today’s Cloud Computing Landscape.

Pour résumer une longue explication, le cloud computing concerne les familles d’usages suivantes :

  • L’exploitation de logiciels en ligne (ex : Zoho) ;
  • L’archivage de données ;
  • La mise à disposition de puissance de calcul ou d’environnements de développement (ex : Amazon) ;
  • La collaboration au travers d’espaces de travail partagés et d’outils de communication synchrones…

En fait les usages sont innombrables et pour cause : se sont les mêmes qu’avec l’informatique traditionnelle, sauf que les machines qui stockent et traitent l’information ne sont plus dans le même bâtiment que vous.

L’adoption des différentes solutions de cloud computing se fait progressivement en entreprise, mais c’est certainement par le grand public qu’elle risque d’être la plus rapide avec des usages liés aux contenus (musique, jeux, photos…) mais aussi aux terminaux mobiles (tablettes et netbooks) qui vont être les premiers bénéficiaires de cette révolution. Révolution ? Oui car le fait de déporter le stockage des données ainsi que les traitements va complètement bouleverser l’outil informatique (le concept de cloudbook de Google en est l’illustration parfaite).

Les avantages du cloud computing pour les entreprises et collaborateurs sont donc nombreux :

  • Une plus grande flexibilité des outils informatique (pas d’installation ni de mises à jour, montée en charge automatisée, nombreux connecteurs disponibles…) ;
  • Un budget optimisé (facturation à la demande) ;
  • Des informations plus accessibles (puisqu’elles sont déjà en ligne) ;
  • Des données sécurisées (rien sur les disques durs) et une informatique réellement nomade (accessible depuis n’importe quel ordinateur ou smartphone)…

Bref, les avantages. Je fais volontairement l’impasse sur les inconvénients, car je préfère donner une note optimiste à cet article. Il existe de plus de nombreux articles qui traitent les différentes objections (sécurité, disponibilité…). Dernière précision : Même si les petites structures sont les organisations les plus à même d’en bénéficier directement (cf. Peut-on envisager une entreprise sans SI ?), les grandes entreprises peuvent également en bénéficier facilement en déportant une partie de ses applications vers le cloud. L’informatique distante n’est ainsi pas exclusive, elle peut tout  fait cohabiter avec un environnement traditionnel.

Les nouveaux usages du cloud computing

Comme précisé en début d’article, le cloud computing n’est pas un concept très neuf (on parlait déjà d’Application Service Provider au siècle dernier). De nombreux usages innovants sont ainsi en train d’émerger :

  • Le cloud computing pour les gouvernements et municipalités. Les gouvernements et municipalités exploitent des S.I. complètement dispersés. De plus, ils s’insèrent dans un écosystème très dense de partenaires, sous-traitants & cie qui exploitent eux-mêmes des applications très hétérogènes. À partie de ce constat, déporter les applications et données semble être une solution idéale pour simplifier l’évolution des services, l’accès aux données et la collaboration. De nombreux gouvernements se sont déjà prononcés en faveur de cette solution (Le gouvernement fédéral américain publie sa stratégie Cloud Computing) et les municipalités devraient être les prochaines cibles privilégiées des éditeurs.
  • Le cloud computing pour les industries verticales. Certaines professions vivent quasiment en « vase clôt » dans leur environnement informatique, notamment les professionnels de la santé ou du tourisme. Ces industries sont composées d’une infinité d’acteurs de petite taille (médecins et pharmaciens, hôtels et restaurants…) qui ne nécessitent pas une informatique très lourde et qui doivent être reliés à des opérateurs nationaux (sécurité sociale et mutuelles, systèmes de réservation centralisés et compagnies aériennes). Le cloud computing semble là encore parfaitement adapté pour équiper ces petits acteurs et faciliter les échanges électroniques (cf. Dell Launches New Cloud-Based Services for Hospitals and Physician Practices).
  • Le cloud computing pour les objets connectés. Dans un futur proche, une grande partie des objets de nos foyers seront connectés à l’internet (TV, cadre à photo, pèse-personne, système de surveillance…). Collecter et traiter les données en provenance de ces appareils sera d’autant plus simple si tout est centralisé et piloté à distance. Cette configuration permettrait de plus à des opérateurs accrédités de vous simplifier le quotidien (le Ministère de la Santé pourrait vous faire des recommandations d’alimentation en fonction de ce que vous avez dans votre réfrigérateur, votre fournisseur d’électricité pourrait vous aider à optimiser votre consommation…). Là encore nous n’en sommes qu’au tout début d’un chantier de transformation très vaste : Cloud + Machine-to-Machine = Disruption of Things.

Rien qu’avec ces trois domaines d’innovation, il y a suffisamment de matière pour écrire un livre. Mais ce n’est qu’un début, car le cloud computing induit de nombreuses autres transformations qui vont révolutionner notre quotidien. Affaire à suivre…

Peut-on envisager une entreprise sans SI ?

Dans la série « remettons en cause ce que nous tenons pour acquis« , je vous propose une petite réflexion sur la maturation des offres de SaaS et de cloud computing. Le point de départ de ma réflexion est le suivant : une entreprise a-t-elle nécessairement besoin de posséder son propre système d’information ? La question mérite d’être posée pour plusieurs raisons :

  • Le SI n’est plus un levier de compétitivité pour une très large majorité d’entreprises ;
  • Posséder et maintenir un S.I. coûte cher (matériel, personnel), aussi bien à l’installation, qu’à l’optimisation, qu’à l’évolution ;
  • Il y a une très forte pression sur les marges, donc la nécessité d’optimiser les postes de coût ;
  • Les offres de cloud computing sont de plus en plus mûres (cf. 2011 sera-t-elle l’année du cloud computing ?).

Bref, plus que jamais, la légitimité d’un SI propre à l’entreprise s’érode au fil du temps. Nous ne parlons pas ici de dégager tous les serveurs et licencier tous les informaticiens du jour au lendemain, mais plutôt de s’interroger sur l’intérêt réel d’internaliser la maintenance de son SI. Il y a ici une subtilité à saisir : exploiter une ou des plateformes de cloud computing ne veut pas dire se passer de l’outil informatique, mais juste d’en confier la maintenance à d’autres. J’ai ainsi déjà recueilli plusieurs témoignages de DSI me disant que depuis la migration de leur messagerie vers Gmail, ils ne comprenaient pas pourquoi ils se sont entêtés à maintenir leurs propres serveurs (activité à très faible valeur ajoutée).

La question se pose donc pour une société en création ou en développement. Il y a ainsi une taille critique (entre 5 et 10 employés) au-delà de laquelle il est nécessaire de bâtir un SI pour mieux gérer l’information et industrialiser les différents processus (production, facturation, comptabilité…). Les entreprises du tertiaire ont ainsi tout intérêt à y réfléchir à deux fois avant de recruter du personnel et d’acheter des serveurs. Installer son SI dans les nuages permet ainsi de limiter les investissements initiaux et de bénéficier d’un maximum de souplesse.

Nous assistons ainsi à une maturation sans précédent des offres de SaaS qui rendent cette hypothèse particulièrement intéressante. Dans ce domaine, Zoho est une figure incontournable avec une offre pléthorique qui couvre de nombreux domaines : CRM, facturation, vente, support, collaboration, capitalisation, reporting et même dernièrement comptabilité avec Zoho Books : Zoho Takes on Quickbooks with New Accounting Application. Il faut dire que l’éditeur US a déployé des efforts considérables pour proposer une offre cohérente et surtout très complète : 2010 Was the Year of Integration for Zoho.

L'application en ligne de comptabilité de Zoho

Je pense que la complétude de l’offre est un critère essentiel, car si le cloud computing « à la carte » à fait ses preuves (déporter une partie des applications ou des données), si une entreprise peut trouver chez des éditeurs en ligne les solutions pour couvrir l’ensemble de ses besoins, pourquoi commencer à construire son propre SI ? Autant ne pas le faire et partir directement sur du 100% cloud.

Placer l’intégralité de son SI dans les nuages, une hérésie ? Pas tant que ça car les ressources humaines sont précieuses et que les coûts de mise en oeuvre d’un SI seraient bien mieux utilisés sur d’autres postes d’investissement. Encore une fois je ne suis pas en train de faire l’apologie du cloud computing, mais plutôt de me livrer à un exercice d’acculturation et de remise en cause. J’ai ainsi pu visiter l’année dernière une start-up très en pointe dans ce domaine (Navig.fr) qui propose une offre de ce type aux PMEs. Le saut culturel est dur à franchir (« je me fais déposséder de mes données et de mon outil de pilotage« ), mais une fois l’idée acceptée, c’est plutôt la solution inverse qui ne semble plus très viable (recruter du personnel, acheter des machines et gérer son propre SI).

Reste la question cruciale du choix de l’éditeur, et donc de la confiance que vous voulez bien accorder à un ou des éditeurs. Déporter son SI n’est pas une décision anodine, il faut donc miser sur un prestataire « solide ». Et à ce petit jeu là, Microsoft est visiblement en train de gagner des points : Why Microsoft Will Win The Small Business Cloud War. Voilà bien longtemps que le géant de Redmond prépare sa migration vers l’informatique distante et le modèle SaaS (sous l’impulsion notamment de Ray Ozzie). Plusieurs offres sont ainsi déjà déployées sous l’étendard Cloud Computing ou Online Services. Microsoft est-il l’éditeur le mieux placé pour fournir des solutions de cloud computing ? Vous vous doutez bien que je ne vais pas répondre à cette question ! Toujours est-il que pour le moment Zoho semble avoir une longueur d’avance avec une offre plus complète que les gros acteurs en présence (SalesForce, Google, IBM, Oracle) qui se contentent d’une offre plus morcelée (à la carte).

Mais revenons à nos moutons : peut-on envisager une entreprise sans SI ? Oui, je le pense sincèrement. Pas forcément une multinationale, mais une PME ou une petite structure (association, municipalité…) qui préfère déléguer plutôt que de subir la gestion quotidienne de son SI.

Vers des App Stores internes ?

La semaine dernière a été marquée par un évènement important dans l’industrie du logiciel : le lancement du Mac App Store. Pour faire simple, le Mac App Store est aux macs ce qu’iTunes est aux iPhones : une chaine de distribution intégrée. L’idée d’Apple est donc de livrer ses ordinateurs avec une place de marché de logiciels directement liée au système d’exploitation (l’installation et les mises à jour sont transparentes). On retrouve ainsi sur cette place de marché un infinité d’éditeurs proposant de petits jeux et de véritables suites applicatives (iLife et très prochainement iWork).

Le Mac App Store d'Apple

Un coup de maitre pour Apple qui verrouille ainsi encore plus son modèle de distribution en captant une commission à chaque logiciel vendu. Steve Jobs, un génie ? Pas du tout, car il a tout copié sur les éditeurs BtoB. SalesForce, Google et plus récemment Jive proposent ainsi leur propre App Store (respectivement AppExchange, Apps Marketplace et Apps Market).

La marketplace d'applications d'entreprise de Google

En poussant la réflexion un peu plus loin, nous pourrions même dire que c’est Microsoft qui a inventé ce modèle avec Windows : un environnement d’exécution pour des logiciels et périphériques commercialisés par des partenaires devant verser une « taxe de compatibilité ». Ce principe est-il discutable ? Non pas du tout, c’est le prix à payer pour avoir un environnement de travail et de loisir qui soit le plus riche possible. Certains font le choix, comme Apple, de sacrifier la diversité au profit d’une expérience d’utilisation plus homogène (et plus qualitative), mais dans cette histoire j’ai l’impression que tout le monde y trouve son compte.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Tout simplement car ce principe d’App Store pourrait tout à fait trouver sa place en entreprise. Tout ce dont l’entreprise a besoin, c’est d’un écosystème de développeurs suffisamment vaste pour pouvoir servir la demande. Les grands groupes internationaux, banques, assurances et autres gros industriels y trouveraient ainsi un cadre tout à fait intéressant pour faire évoluer leur S.I.

Dans cette histoire, tout le monde y gagnerait :

  • Les utilisateurs pourraient faire évoluer leur poste de travail plus facilement (en fonction de leurs besoins) ;
  • Les DSI pourraient surveiller le parc de façon beaucoup plus efficace (qui à installé quoi et s’en sert quand) ;
  • Les éditeurs pourraient avoir une vision plus précise sur la façon dont leurs outils sont appréhendés (évaluations, nombre d’installations, usages…) de même qu’un processus de mise à jour bien plus simple ;
  • Les directions métier et MOA bénéficieraient d’un cadre plus rigoureux pour faire leurs expressions de besoins.

Vous pourriez me dire que cette vision est très naïve et que le principe d’urbanisation des S.I. existait bien avant les App Stores, mais je ne peux m’empêcher de penser que le grand public ayant été éduqué selon le modèle iTunes, il sont maintenant plus enclin à reprendre l’initiative sur leurs outils informatiques.

Nous parlons alors d’une plateforme complète proposant :

  • Un ensemble de flux de données brutes publiées dans un format standardisé ;
  • Des outils de création d’applications qui exploiteraient ces flux de de données ;
  • Une place de marché de distribution des applications avec un mécanisme de recommandations en fonction de votre fonction ;
  • Un système de mises à jour simplifié (pour les flux et les applications).

Serait-ce une hérésie de penser que les utilisateurs concevraient eux-mêmes leurs propres outils ? Pas tant que ça dans la mesure où nous commençons à voir apparaitre des environnements de développement et des pseudo-langages destinés aux enfants (4 Tools for Teaching Kids to Code et 4 (More) Tools for Teaching Kids to Code). Si des enfants peuvent créer leurs propres jeux, pourquoi des salariés ne pourraient pas créer leurs propres applications ? L’idée ne serait pas de laisser les collaborateurs se débrouiller, mais plutôt de laisser la possibilité aux collaborateurs les plus entreprenants / exigeants de se créer les outils qui correspondent le mieux à leurs attentes. La DSI et la maîtrise d’ouvrage endosserait alors un rôle d’évangélisateur, de stimulateur et de coach. Ils pourraient également assurer le contrôle des opérations (performances, conformité…).

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler de solutions comme Mashup Center d’IBM qui pourraient tout à fait s’inscrire dans cette logique de S.I. à la carte. L’App Store serait alors le chaînon manquant pour familiariser les utilisateurs avec le principe de mini-applications et pour faciliter la découverte de l’App Store interne et sa prise en main. Il a quelques années j’envisageais une évolution des intranets vers des wikis applicatifs, finalement c’est peut-être un modèle à la iTunes / Mac App Store qui sera le plus probable.

Création de mashup d'entreprise avec IBM Mashup Center

Dans l’absolu, un App Store interne serait d’autant plus intéressant si les éditeurs traditionnels pouvaient y distribuer leurs logiciels, mais il faudrait alors pouvoir capitaliser sur un socle technique standardisé. Le basculement d’un S.I. traditionnel à un S.I. standardisé représenterait un chantier titanesque, mais c’est justement là où les clouds privés pourraient offrir le plus de valeur ajoutée : s’affranchir des contraintes de déploiement, bénéficier d’un écosystème dynamique tout en conservant une parfaite maîtrise de l’endroit où sont stockées les données. Les clouds privés (partagés) sont ainsi un compromis tout à fait intéressant pour les entreprises qui veulent garder un minimum de contrôle.

Moralité : qui aurait crû au lancement de l’iPod qu’Apple allait oeuvrer pour l’évangélisation du cloud compting ? Bon OK, c’est un peu tiré par les cheveux mais je reste persuadé que les App Store vont permettre de simplifier la compréhension et l’appréhension des système d’information à la carte (un concept auquel je suis très attaché).

2011 sera-t-elle l’année du cloud computing ?

Le cloud computing n’a jamais été un des sujets forts de ce blog, et pourtant c’est une thématique essentielle dans l’évolution des S.I. des entreprises et donc des outils et modes de travail. Il existe plusieurs définitions pour le cloud computing (« informatique dans les nuages« , « informatique dématérialisée« …) mais elles ne reflètent à mon sens pas la réalité. Dans l’inconscient collectif, la notion de « cloud » n’est en effet pas très rassurante, car cela donne l’impression que les données sont stockées on ne sait où (dans les nuages). Or, les données sont stockées sont des machines on-ne-peut-plus classiques, comme vous le feriez si les hébergiez vous-même (les machines sont juste un peu plus loin que dans votre salle blanche). Bref, tout ça pour dire que si le secteur du cloud computing se porte bien (The Cloud Computing Revolution in Images), la croissance devrait s’accélérer au cours de l’année 2011 au vu des investissements réalisés par les grands éditeurs.

Etat du marché du cloud computing

Il y a tout d’abord un gros travail d’éducation du grand public en cours par Google (avec Chrome OS et Cloud Print) ainsi que Microsoft qui prépare l’arrivée de nombreux services pour Windows 8 (cf. Le cloud computing pour nous mener au septième ciel) :

Il y a ensuite le lancement de la suite bureautique Cloud Office d’Oracle : Oracle butts into online collaboration space with Cloud Office. Je ne suis pas un fan des suites bureautiques en ligne (Google lance une nouvelle version de Docs et s’enlise dans la logique documentaire et Adobe sort son Powerpoint en ligne, et alors ?) mais c’est tout de même un évènement important qui va accélérer la migration des outils informatiques traditionnels vers le cloud.

La suite bureautique dans les nuages d'Oracle

Il y a ensuite SalesForce qui a annoncé récemment le rachat de Heroku (une plateforme d’hébergement d’applications RoR : Salesforce.com Buys Heroku For $212 Million), avec une intégration probable à sa propre plateforme Force.com. Il y a également le lancement de Database.com, un service d’hébergement de base de données en ligne : Salesforce.com Announces Hosted Service Called Database.com.

Le tout nouveau service Database.com de SalesForce

Pourquoi vouloir faire héberger votre base de données ailleurs ? Tout simplement pour ne pas avoir à assumer les problèmes de maintenance. L’hébergement et la maintenance d’applications sont en effet des tâches extrêmement ingrates qui ne dégagent aucune valeur ajoutée. Je pense ne pas me tromper en disant que l’hébergement d’application est un facteur-clé d’échec : si ça marche, tant mieux, c’est la moindre des choses pour pouvoir travailler ; si ça ne marche pas, c’est la catastrophe. Le problème est que cette tâche monopolise des ressources (hommes et matériel) qui manquent cruellement de souplesse : recruter une nouvelle personne ou installer une nouvelle machine prend du temps. Les solutions d’hébergement de messagerie ou de bases de données sont ainsi idéales pour pouvoir gagner en flexibilité et même en qualité de service (ce n’est pas comme si le serveur de messagerie interne ne tombait jamais en rade !). Plus je parle de cloud computing autour de moi et plus cette solution devient comme évidente auprès de ceux qui y ont goûté (« je ne comprends pas pourquoi je m’emmerdais avec tout ça avant« ).

Bref, tout ça pour dire que le cloud computing est une valeur sûre. La grande question à se poser maintenant est de savoir quelles vont être les prochaines évolutions. Deux pistes sont à mon sens intéressantes à creuser :

  • L’émergence de plateformes de données. Le Data-as-a-Service est en effet une notion assez récente, mais tout à fait séduisante : Data Is The Next Major Layer Of The Cloud. L’idée est de fournir aux entreprises une couche de données complète et structurée. L’avantage est que les entreprises en questions n’ont ainsi pas le souci de devoir se constituer un référentiel de données et de le rendre disponible, c’est le fournisseur qui se charge de constituer les bases (avec des données cartographiques, ethnographiques, économiques…) et de fournir les APIs pour les exploiter. Factual se positionne ainsi sur ce créneau avec une technologie qui permet d’agréger les bases de données publiques et de la reformater proprement.
  • Les systèmes d’exploitation dans les nuages. ChromeOS est pour le moment le WebOS le plus visible avec son prototype de cloudbook, mais d’autres concurrents sont en embuscades : 5 Cloud-Oriented Operating Systems Available Now. Dans ce domaine il va également falloir compter avec Microsoft et son projet Gazelle dont on ne connait encore pas grand-chose (ServiceOS: Microsoft’s morphing browser-operating system project).

Je ne me risquerais pas à me lancer sur d’autres prédictions car je ne suis pas un spécialiste, mais j’ai tout de même une intuition très favorable pour les deux précédentes. J’ai également beaucoup de choses à dire sur les app stores internes, mais ça fera l’objet d’un autre article…

Google lance une nouvelle version de Docs et s’enlise dans la logique documentaire

Cette semaine Google a présenté une nouvelle version de sa suite bureautique : A new Google Docs. Au programme des nouveautés :

La grosse nouveauté semble pourtant être la possibilité de faire de la collaboration en temps réel avec l’édition simultanée :

Edition simultanée dans Google Docs

Edition simultanée dans Google Docs

Pour celles et ceux que ça peut intéresser, la technologie utilisée pour faire ça n’est ni le protocole Wave, ni la start-up rachetée récemment (AppJet). OK super… ça me fait une belle jambe !

Loin de moi l’idée de vouloir blasphémer, mais le moins que l’on puisse dire c’est que Google se donne un mal fou pour essayer de convaincre le marché qu’ils peuvent faire aussi bien que leur concurrent direct (Microsoft Office). Pourquoi vouloir faire aussi bien quand on peut faire différent ? Je trouve dommage d’investir autant d’énergie et de ressources dans un produit qui est condamné à moyen terme. Condamné ? Oui tout à fiat, car je suis persuadé que le modèle documentaire touche à sa fin et qu’il est grand temps d’assumer la transition vers la collaboration post-documentaire, celle qui s’extrait de la contrainte des fichiers.

Parce qu’il faut bien reconnaitre que l’on peut être aussi improductif avec Google Docs qu’avec Microsoft Office. Il y a un côté très pratique au SaaS car il n’y a rien à installer et car les informations sont disponibles pour tous et non coincées dans un ordinateur ou un serveur de fichier, mais la connaissance est toujours piégée dans des formats de documents trop rigides (texte ou tableur ou présentation).

Je suis fermement convaincu que les outils bureautiques, même s’ils ont rendus de fiers services, sont toxiques à la circulation et à l’enrichissement de l’information (en ou hors ligne). Dans mon quotidien je suis ainsi amené à travailler dans Google Docs où l’information est éparpillée sur différents documents avec des formats pas toujours adaptés. Le résultat est rigoureusement le même : On s’y perd et on a beaucoup de mal à s’approprier (et donc à enrichir) un document créé par un autre.

Qui a dit que les collaborateurs devaient TOUS avoir accès aux outils bureautiques ? Ne peuvent-ils pas faire leur travail en dehors de ces outils et de ces formats de fichier ? Dans l’absolu, seuls ceux qui sont amené à faire des présentations publiques devraient avoir Powerpoint, seuls les comptables et contrôleurs de gestion devraient avoir Excel, seuls ceux qui font de la PAO et du publi-postage devraient avoir Word. Les autres (soit 95% des employés) devraient pouvoir faire leurs tâches quotidiennes avec un outil générique moins évolué mais beaucoup plus tourné vers la collaboration (non je ne parle pas de Works).

J’envisage ainsi une organisation idyllique où les collaborateurs auraient à leur disposition un outil de capitalisation de la connaissance (vous remarquerez que je n’ai pas employé les termes « création » et « document ») où il serait possible de rédiger du texte (avec une mise en forme minimaliste), d’insérer des tableaux (avec 2 ou 3 opérations possibles : somme, moyenne…), d’insérer des images… mais où tous pourraient contribuer, réviser, commenter, voter…

Suis-je en train de parler d’un wiki ? Oui tout à fait, et j’assume ! Un wiki avec un moteur de mise en forme robuste et une bonne fonction d’exportation serait largement suffisant pour la grande majorité des collaborateurs. Je veux bien comprendre que les habitudes ont la vie dure, mais je refuse de croire qu’il n’est pas possible de changer les habitudes et que nous (les collaborateurs) sommes condamnés à créer, lire et manipuler des fichiers bureautiques.

Oui Google fait beaucoup pour évangéliser les outils en ligne et le cloud computing, mais ils s’enlisent dans une logique documentaire qui ne résout que partiellement l’éparpillement de la connaissance et le frein à la co-création. C’est d’autant plus dommage qu’ils avaient une authentique pépite entre les mains : JotSpot et son modèle d’intranet wikifié (transformé depuis en l’insipide Google Sites).

Si je devais faire un analogie à 30 centimes (bon allez je me lance), je dirais que Google a tous les ingrédients (Docs, Sites, Wave) mais que les équipes ne parviennent pas à trouver la bonne formule. En tout cas je suis persuadé que le modèle documentaire tel qu’ils nous le proposent dans ce nouveau Google Docs n’est pas suffisamment disruptif pour changer profondément les habitudes de travail et révolutionner notre façon de collaborer.

À moins qu’il ne s’agisse d’un produit de transition…

Google et SalesForce concurrents sur l’offre de S.I. à la carte

Cette semaine Google a présenté une grosse nouveauté pour son offre Google Apps, l‘ouverture d’une marketplace d’applications en ligne : Google Apps Marketplace now launched.

La page d'accueil de Google Apps Marketplace

La page d'accueil de Google Apps Marketplace

Voici à quoi ressemble cette offre en quelques lignes :

  • Les applications proviennent d’une multitude d’éditeurs petits ou gros ;
  • Les applications sont rangés dans des catégories et sont notés par les utilisateurs ;
  • Les applications peuvent être hébergées sur la plateforme Google ou n’importe où (une grande nouveauté) ;
  • Google ponctionnera 20% des revenus des éditeurs pour lui donner accès à la plateforme (distribution, système d’authentification unique, facturation…).

Une cinquantaine de partenaires sont d’hors et déjà présents sur cette marketplace et quelque chose me dit que le nombre d’applications disponibles va croître très rapidement. D’une part car Google est un sacré moyen de crédibiliser l’offre des petits éditeurs qui vont se ruer dessus, d’autres part car les conditions sont plutôt avantageuses. Visite guidée en vidéo :

Même s’il n’y a « que » 25 millions d’utilisateurs de Google Apps, l’ouverture de cette marketplace va offrir une couverture fonctionnelle beaucoup plus large aux entreprise qui vont pouvoir se confectionner leur système d’informations à la carte. Un S.I. sur mesure en quelques clics de souris ? Mais oui car on y trouvera les solutions Google (email, collaboration) mais également des solutions verticales (CRM, RH…) et des environnements de production d’applications métier (à l’image de RunMyProcess). C’est donc en quelque sorte le retour du concept originel de Jotspot (un S.I. à la carte), mais les observateurs préfère la décrire comme l’iTunes des SaaS.

Avec cette marketplace, Google décuple ainsi l’intérêt de son offre et de ses quelques applications de base (messagerie…) qui seront parfaitement intégrées aux applications de la marketplace pour créer d’innombrables possibilités (illustration dans ces articles : Web-Based Productivity Suite Zoho Finds A Place In The Google Apps Marketplace et Google Apps Marketplace: 6 Great Apps to Try Now).

En tout cas cette marketplace est le chainon manquant entre Google Apps (la suite d’applications en ligne de Google), AppEngine (la plateforme d’hébergement d’applications) et GWT (le framework de développement d’applications en ligne). Tout est fait pour simplifier la tâche de petites équipes de développement qui vont pouvoir bénéficier de la mécanique Google (crédibilité, visibilité…).

Deux semaines avant cette annonce, c’est SalesForce qui avait fait sensation avec le lancement de Chatter, la couche sociale venant se greffer sur ses applications de gestion de forces de vente / CRM et sur la plateforme d’hébergement d’applications (Force.com).

La fonction de groupe dans SalesForce Chatter

La fonction de groupe dans SalesForce Chatter

Certains n’hésites pas à qualifier cette nouvelle offre de Facebook pour entreprises mais je trouve cette comparaison abusive, il serait plus juste de parler de FriendFeed pour entreprise dans la mesure où l’offre repose avant tout sur les profils des utilisateurs et groupes ainsi que sur le flux d’activités qui est remonté sur ces pages. Il y est donc surtout question de circulation de l’information et de systèmes de notification passifs de type lifestream et/ou microblog. Démonstration vidéo ici :

Cela vous fait penser à Yammer ? Vous avez bien raison ! Ils ont d’ailleurs réagis très rapidement en lançant une nouvelle offre extra-entreprise : Yammer Communities Open The Door To B2B Microblog Collaboration And Much More.

Cette nouvelle dimension sociale sur la plateforme SalesForce complète ainsi la vision du CEO (grand admirateur de Facebook : The Facebook Imperative Cannot Be Stopped) et va donner un coup de fouet à l’offre tout en offrant de nombreuses possibilités grâce aux custom dashboards et à la possibilité de manipuler des flux d’informations.

Tout ceci est très encourageant pour tirer vers le haut les offres de cloud computing et de social software. Il est maintenant clair que la pression devient de plus en plus forte sur les gros éditeurs qui ne sont pas encore passés au cloud computing (Microsoft avec SharePoint et IBM avec Lotus Connections) et sur les plus petits qui ne possèdent pas de marketplace d’envergure (avec des suites collaboratives en ligne comme SocialText, blueKiwi, XWiki…). Ceci étant dit, la compétition reste ouverte puisque les gros éditeurs gardent de bonnes cartes dans leur jeu (notamment Microsoft avec Azure et IBM avec Mashup Center) et parce que les petits ont une réactivité plus grande.

À partir de là, il est possible de définir les prochaines grandes étapes dans cette course à la domination de l’informatique d’entreprise de nouvelle génération :

  • Un réseau social E to E permettant de faire à la fois du réseautage d’affaire avec d’anciens collègues / prestataires mais aussi de collaborer entre entreprises ou business units (à mi-chemin entre LinkedIn et LotusLive) ;
  • Une marketplace globale liant entre elles les entreprises de toutes tailles, tous les marché, toutes les industries (une sorte d’Alibaba ou de VerticalNet universel) ;
  • Une solution pour que les employés puissent manipuler les données et les processus à partir d’outils de mashup et qu’ils les partagent dans une marketplace interne (ou externe !).

Toujours est-il que le lancement de Google Apps Marketplace risque de bouleversé à jamais la façon dont les PME / TPE appréhendent l’outil informatique et la façon de gérer leur système d’information. Je ne vous referais pas l’apologie du cloud computing mais je peux vous assurer que j’ai croisé de nombreux DSI qui étaient plus qu’élogieux sur Google Apps et le soulagement que représente pour eux la sous-traitance des emails (« plus besoin de s’embêter avec un serveur Exchange et des mises à jour d’Outlook, si j’avais su je l’aurais fait depuis bien longtemps« ). Et s’il en était de même pour le reste des applications ?

Tout savoir sur le Cloud Computing et le SaaS

J’ai déjà abordé à de nombreuses reprises les applications en ligne (Software as a Service) de même que le principe de Cloud Computing sans jamais prendre le temps de bien expliquer ce que cela recouvre. Plus la peine de la faire puisqu’il existe maintenant un très bon ouvrage sur le sujet : Cloud Computing et SaaS : une rupture décisive pour l’informatique d’entreprise. rédigé par mon ancien collègue Guillaume Plouin.

cloud

Cet ouvrage s’adresse à tous ceux qui souhaitent comprendre les concepts et les enjeux du cloud computing tant côté DSI (chefs de projet, architectes, développeurs, administrateurs…) que côté utilisateurs (maîtrises d’ouvrage, consultants…) :

  • La première partie présente le concept de cette « informatique dans les nuages » et celui du SaaS expliquant ce qui les différencient ;
  • La deuxième partie explique quels sont les avantages et les inconvénients du cloud computing pour l’entreprise en prenant successivement les points de vue de la direction, des utilisateurs puis des informaticiens ;
  • La troisième partie décrit les étapes à franchir pour évoluer vers le cloud computing ;
  • La quatrième partie propose un panorama des offres SaaS aujourd’hui disponibles ;
  • La dernière partie, plus technique, décrit les architectures sous-jacentes aux applications. Elle présente les PaaS (Platform as a Service) qui permettent aux entreprises de faire héberger leurs développements spécifiques sur des architectures multi-tenants.

Très simple d’accès pour les non-informaticiens, ce livre répond à toutes les questions que vous devez vous poser sur ces thématiques.

Apple se lance dans le SaaS avec iWork.com

Les rumeurs les plus folles anticipaient une version web de la suite iWork d’Apple, mais c’est finalement un service distincte qui a été annoncé à la dernière keynote : iWork.com. Pour faire simple, ce service vous permet de publier et de partager vos documents sur le web :

Le principe est simple : vous publier vos documents (uniquement les fichiers iWork 09), vous choisissez les options de partage (autorisation sur les commentaires et les téléchargements), vous envoyés une invitation et voilà.

La suite est plus classique : publication de commentaires et de notes, gestion des droits d’accès centralisés…

L'interface de collaboration de iWork.com

Rien de très révolutionnaire là-dedans, d’autant qu’il n’est pas encore question de gestion des versions ou du support d’autres formats que ceux d’iWork. Soyons honêttes, avec cette offre Apple fait à peine mieux que la combinaison PowerPoint / Slideshare : SlideShare makes PowerPoint social (also sends it to the cloud).

Passé la déception, il faut plus voir dans cette annonce un changement majeure dans l’industrie du logiciel qui passe d’un modèle de logiciel isolé à celui de Software and a Service, principe lancé par Microsoft (cf. SlideShare PowerPoint Ribbon – it’s S+S!). Nous pouvons ainsi imaginer un futur (très proche) où le coût des licences va progressivement s’éclipser au profit d’un abonnement aux services associés. Mais pour cela encore faut-il imposer un standard, d’où la très forte probabilité d’une distribution gratuite des logiciels (servant de produit d’appel) pour mieux facturer du service (des revenus réguliers qu’il est impossible de pirater).

Bref, l’avenir est dans le SaaS / S+S / Cloud computing (appelez ça comme vous voulez) et la tendance semble se généraliser chez Apple comme le prouve la nouvelle version de iPhoto qui semble vouloir rattraper son retard sur le Picasa de Google qui fonctionne déjà en mode S+S avec Picasaweb.

Mais revenons à nos moutons avec ce tout nouveau iWork.com qui risque de faire pâle figure face à des solutions beaucoup plus prometteuse comme le futur Genesis d’Adobe. La principale raison est que ce service n’est pas lié à un format de fichier en particulier (iWork ou Office) et offre un premier niveau de collaboration (commentaires, partage d’écran, tchat…) sans toutefois venir marcher sur les platebandes des suites bureautique en ligne comme Google Docs ou Zoho qui sont elles mêmes en concurrence avec les offres de wiki d’entreprise (SocialText, Confluence…). Mais là nous entrons dans un autre débat.

Bref, tout ça pour dire que je suis plus que sceptique vis à vis de ces offres centrées sur des formats de fichier et que j’anticipe un potentiel beaucoup plus grand avec les offres centrées sur les entreprises comme blueKiwi ou BlueHouse.

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