Adobe lance Acrobat Workspace et s’enlise dans la gestion documentaire

Adobe vient tout juste de lancer un nouveau service à sa suite collaborative Acrobat.com : Workspaces (« Espaces en ligne » en français). L’objectif annoncé de ce nouveau service est de faciliter la collaboration et le partage de documents en ligne : Acrobat.com Takes a New Step Today – Workspaces. Inutile de vous refaire le pitch sur la difficulté de gérer le partage de documents par email, la gestion des versions… car vous le connaissez par coeur.

Rien de très disruptif dans cette nouvelle fonctionnalité, car d’autres le propose depuis longtemps comme Drop.io, mais une intégration étroite avec la suite d’applications déjà en place (ConnectNow, Buzzword, Presentations, Tables, PDF Creator…).

Les espaces en ligne sur Acrobat.com

Les espaces en ligne sur Acrobat.com

Je trouve un peu présomptueux de présenter cette fonctionnalité comme un outil de collaboration. Tout au plus il s’agit d’un outil de partage de fichier, et j’aurais tendance à penser que les fichiers sont un frein à la collaboration. Car force est de constater que sur cette plateforme il ne se passe pas grand chose en dehors des fichiers (« change, révision, commentaires…). Il y a bien un outil pour faire des réunions virtuelles, mais il manque une solution de collaboration asynchrone pour compléter ce tableau. En ce sens, je suis bien d’accord avec l’article de The Next Web (dont le titre est trompeur) : Adobe Launches “Workspaces”, a Project Management Tool.

La gestion de projet, ou plutôt la collaboration au sein d’une équipe projet, est encore absente de la plateforme, rendant ainsi les collaborateurs toujours dépendant de leurs emails. Il existe pourtant d’innombrables solutions de collaboration en ligne (cf. Ne confondez plus gestion de projet et collaboration en ligne) qui pourraient parfaitement compléter le tableau sans nécessairement faire de l’ombre aux autres services (où sont les discussions « libres » ?). D’autant plus que la plateforme Acrobat est payante, cette lacune est donc inacceptable. Considérons que ceci est la conséquence de l’héritage culturel d’Adobe, inventeur du format PDF et acteur historique de la gestion documentaire.

Conclusion : Il leur reste encore un peu de route avant de proposer une offre cohérente et s’extraire de la dépendance des fichiers et emails.

Adobe sort son Powerpoint en ligne, et alors ?

La nouvelle est tombée hier, Adobe vient de compléter son offre Acrobat.com avec un outil en ligne de création et de publication de présentations : It’s show time. Presentations from Adobe!. Adobe rejoint donc la longue liste des prétendants : Google Docs Presentation, Zoho Show, SlideRocket, EmpressR, Live Presentations

Au niveau de la réalisation il n’y a pas grand chose à dire : c’est beau, propre, efficace, bien pensé et surtout bien intégré à la suite Acrobat.com :

L'interface d'Acrobat Presentations

L'interface d'Acrobat Presentations

Si je devais faire une comparaison je dirais que ce service est beau comme Buzzword (et pour cause, on sent la « touche » Adobe). Bon OK et alors ? Outre la très belle réalisation je m’interroge sur la pertinence de ce type de services en ligne qui ne sont qu’une version dégradée de logiciels que nous possédons déjà (Powerpoint de MS ou Impress de OpenOffice).

Je trouve une grande utilité aux services de partage de présentations comme Slideshare et ses clones (Myplick, authorStream, Slideo…) ou aux services alternatifs comme Prezi. Mais il faut bien reconnaître qu’il y a une limite à cet exercice : un diaporama n’est pas censé servir en dehors du contexte d’une présentation publique. Avec le temps, les slideshows sont devenus le support préféré d’une génération de cadres qui n’ont plus le courage de rédiger des phrases entières. Il faut bien avouer qu’il est très tentant de se lancer dans la rédaction d’un diaporama : des titresc hocs, des phrases courtes, quelques illustrations et hop, le tour est joué. Grâve erreur car trop de Powerpoint nuit fortement à votre créativité et vous finissez par raisonner en monde bullet points.

Il y a nombre de théories à ce sujet et notamment sur le « presentument« , ce support à mi-chemin entre présentation et document qui peut à la fois être projeté et lu  mais qui ne parvient pas à satisfaire les deux audiences qu’il cible (ceux qui lisent le diaporama sans écouter le speakers et ceux qui parcourent la présentation sans y trouver un réel intérêt). Je vous recommande à ce sujet deux très bons ouvrages : Presentation Zen et Slide:ology.

Mon propos est donc le suivant : les logiciels bureautique en ligne ne sont qu’une transition vers une forme plus épurée de collaboration et de partage où les supports sont remplacés par des wikis. Les collaborateurs s’extraient ainsi des contraintes liées aux fichiers (circulation, révisions, mises à jour…). Les diaporamas ne seraient alors utilisés QUE comme support de présentation et ne seraient jamais imprimés ou même diffusés. Et pour faire cela, rien de tel qu’un logiciel de qualité professionnelle comme Powerpoint ou Keynote (car oui, rédiger et présenter un diaporama c’est un métier).

Bref, tout ça pour dire qu’Adobe ferait mieux de se concentrer sur des solutions de collaboration en ligne comme Genesis (cf. Adobe Genesis = Le PDF reader de la collaboration ?).

Apple se lance dans le SaaS avec iWork.com

Les rumeurs les plus folles anticipaient une version web de la suite iWork d’Apple, mais c’est finalement un service distincte qui a été annoncé à la dernière keynote : iWork.com. Pour faire simple, ce service vous permet de publier et de partager vos documents sur le web :

Le principe est simple : vous publier vos documents (uniquement les fichiers iWork 09), vous choisissez les options de partage (autorisation sur les commentaires et les téléchargements), vous envoyés une invitation et voilà.

La suite est plus classique : publication de commentaires et de notes, gestion des droits d’accès centralisés…

L'interface de collaboration de iWork.com

Rien de très révolutionnaire là-dedans, d’autant qu’il n’est pas encore question de gestion des versions ou du support d’autres formats que ceux d’iWork. Soyons honêttes, avec cette offre Apple fait à peine mieux que la combinaison PowerPoint / Slideshare : SlideShare makes PowerPoint social (also sends it to the cloud).

Passé la déception, il faut plus voir dans cette annonce un changement majeure dans l’industrie du logiciel qui passe d’un modèle de logiciel isolé à celui de Software and a Service, principe lancé par Microsoft (cf. SlideShare PowerPoint Ribbon – it’s S+S!). Nous pouvons ainsi imaginer un futur (très proche) où le coût des licences va progressivement s’éclipser au profit d’un abonnement aux services associés. Mais pour cela encore faut-il imposer un standard, d’où la très forte probabilité d’une distribution gratuite des logiciels (servant de produit d’appel) pour mieux facturer du service (des revenus réguliers qu’il est impossible de pirater).

Bref, l’avenir est dans le SaaS / S+S / Cloud computing (appelez ça comme vous voulez) et la tendance semble se généraliser chez Apple comme le prouve la nouvelle version de iPhoto qui semble vouloir rattraper son retard sur le Picasa de Google qui fonctionne déjà en mode S+S avec Picasaweb.

Mais revenons à nos moutons avec ce tout nouveau iWork.com qui risque de faire pâle figure face à des solutions beaucoup plus prometteuse comme le futur Genesis d’Adobe. La principale raison est que ce service n’est pas lié à un format de fichier en particulier (iWork ou Office) et offre un premier niveau de collaboration (commentaires, partage d’écran, tchat…) sans toutefois venir marcher sur les platebandes des suites bureautique en ligne comme Google Docs ou Zoho qui sont elles mêmes en concurrence avec les offres de wiki d’entreprise (SocialText, Confluence…). Mais là nous entrons dans un autre débat.

Bref, tout ça pour dire que je suis plus que sceptique vis à vis de ces offres centrées sur des formats de fichier et que j’anticipe un potentiel beaucoup plus grand avec les offres centrées sur les entreprises comme blueKiwi ou BlueHouse.

Adobe peut-il coiffer IBM ou Google sur le terrain des SaaS ?

Normalement vous devez forcément avoir entendu parler de Photoshop Express, la version en ligne de Photoshop lancée par Adobe il y a quelques semaines. Pour vous faire une idée rapide du produit, ça se passe ici : Photoshop Express Test Drive.

photoshop_express_1.jpg

Je n’ai pas eu le courage de faire un test complet de ce nouveau service, mais heureusement d’autres s’y sont collés à ma place (avec brio) :

C’est donc dans un contexte extrêmement compétitif qu’Adobe se lance avec cette nouvelle application en ligne, il existe en effet quantité de services en ligne équivalents : Online Photo Editing Overview et 90+ Online Photography Tools and Resources.

Photoshop Express et les autres…

Là où ça devient intéressant, c’est dans l’orientation “services” qu’Adobe a voulu donner à son application, les américains appellent ça du SaaS (”Software as a Service“). Comprenez par là qu’une partie de la valeur ajoutée de cette application réside dans les services additionnels qui vont avec (hébergement, partage…).

photoshop_express_2.jpg

Ce lancement qui s’est fait attendre est très certainement révélateur de ce que pourrait devenir Adobe : un fournir de service et non plus un simple éditeur de logiciels. Quand on y réfléchit bien, on se dit qu’avec Connect, Share, BuzzWord et maintenant Photoshop Express, ils sont en train d’amorcer un remarquable repositionnement vers le SaaS.

Adobe Online Office vs. Google Docs ?

Ceci est d’autant plus intéressant que l’expérience utilisateur de ces services est complètement différente d’un Google Docs (plus sophistiquées). De là à penser qu’Adobe va petit à petit étendre ça gamme, je rejoins l’avis de Sarah Perez : Watch Out – Adobe Is Slowly Building an Online Empire. Puisqu’Adobe est historiquement présent en entreprise au travers de PDF et de l’ensemble des solutions de gestion documentaires qui vont avec, ils sont tout à fait légitime pour se positionner sur le créneau des outils de collaboration en linge (au même titre qu’IBM, Google ou Microsoft).

Il ne leur resterait alors qu’à compléter cette petite série avec d’autres outils, et je pense notamment au très prometteur SlideRocket (cf. Look Out PowerPoint – SlideRocket Rocks).

Du browser au desktop

Reste à savoir comment Adobe va pouvoir gérer la conquête des intranets voir des postes de travail. Hé oui, car n’oublions pas que AIR est dans le parage et qu’à partir du moment où votre application est développée dans l’environnement Flex, vous pouvez (presque) indifféremment la publier sur le Web (avec une version Flash) ou sur le desktop (avec une version AIR).

Une bataille qui s’annonce passionnante, d’autant plus que le Adobe Labs regorge de très bon prototypes (myFeeds, Kuler, JamJar…). On ne l’attendait pas et pourtant, Adobe risque ben de bouleverser le balbutiant monde de l’Entreprise 2.0 et de la collaboration avec une offre parfaitement différenciante. Reste à savoir dans quelle mesure ils vont savoir convaincre des DSI qui traditionnellement n’aiment pas trop le changement (euphémisme).

/!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.

Adobe se positionne à son tour sur les applications en ligne et l’entreprise 2.0

Après Yahoo!, c’est maintenant au tour d’Adobe de prendre position sur le marché des applications en ligne (et par analogie de l’entreprise 2.0) avec ces annonces faites aujourd’hui :

buzzword.jpg

Bref, ça devait être le feu aujourd’hui dans le service de presse d’Adobe ! La réaction de Microsoft ne s’est pas fait attendre puisqu’ils ont lancé une évolution de leurs solutions en ligne (Microsoft’s Muddled Web Office Strategy Continues – Office Live Workspaces) mais sont dans une situation encore plus inconfortable (The Barbarians Are At The Gate, But Microsoft Moves To Protect Office Revenues).

/!\ Article initialement publié sur FredCavazza.net.