L’adoption des RSE et plateformes collaboratives progresse lentement

Hasard du calendrier, ce ne sont pas deux ou trois mais quatre Ă©tudes d’envergures qui viennent de livrer leurs rĂ©sultats en quelques semaines. Je profite donc des analyses approfondies rĂ©alisĂ©es par mes confrères pour vous faire une synthèse de ces Ă©tudes. MobilitĂ©, superficialitĂ© et sĂ©curitĂ© semblent ĂŞtre les maĂ®tres mots pour dĂ©crire l’Ă©tat du marchĂ©.

Il y a dans un premier temps la Evolution of the Networked Enterprise de McKinsey. Une Ă©tude qui visiblement s’attache un peu trop aux moyens (aux outils) et pas assez au moteur de la performance des entreprises (la culture et les processus mĂ©tiers). L’analyse qui en est faite par Bertrand Duperrin est plutĂ´t sĂ©vère : Social Business, MĂ©dias Sociaux et entreprise en rĂ©seau : circulez, il n’y a rien Ă  voir. Les points-clĂ©s de cette Ă©tude sont les suivants :

  • Si l’adoption de certaines technologies et fonctionnalitĂ©s liĂ©es Ă  la networked enterprise sont en hausse rĂ©gulière, la tendance gĂ©nĂ©rale est plutĂ´t Ă  la stagnation ;

    Évolution des taux d'adoption des différentes fonctionnalités
    Évolution des taux d’adoption des diffĂ©rentes fonctionnalitĂ©s
  • Les bĂ©nĂ©fices ressentis au sujet de ces nouveaux outils ou nouvelles pratiques sont plutĂ´t mitigĂ©s (surtout liĂ©s Ă  la rĂ©duction des coĂ»ts de communication ou de voyage) ;

    Évolution des bénéfices ressentis
    Évolution des bénéfices ressentis
  • Des prĂ©occupations qui se dĂ©portent vers des sujets très techniques (accès mobile, sĂ©curisation des donnĂ©es dans les nuages, big data…).

Le bilan est donc plutĂ´t morose. MĂŞme son de cloche avec l’Ă©tude 2013 sur la Social Collaboration en Allemagne, en France et au Royaume-Uni de PA Consultants. On y apprend que les entreprises allemandes et anglaises ont une approche pragmatique centrĂ©e sur l’efficacitĂ© ou la recherche de rapiditĂ©, alors que les entreprises françaises cherchent Ă  amĂ©liorer la motivation, l’implication… mais comme ces derniers bĂ©nĂ©ficient d’un faible niveau d’autonomie, les rĂ©sultats ne sont pas forcĂ©ment au rendez-vous (Collaboration Sociale en Europe : leadership et incomprĂ©hension). Encore plus surprenant, l’Ă©tude rĂ©vèle que les collaborateurs français ne sont pas particulièrement incitĂ©s Ă  utiliser les outils sociaux mis Ă  leur disposition, comme l’on cherchait Ă  faire bonne figure, mais que l’on craignait que les salariĂ©s perdent leur temps. De ce fait, le besoin d’intĂ©gration des fonction sociale aux processus et application mĂ©tiers est au plus bas (10% pour les français, 41% pour les allemands). Le bilan est dur, très dur !

Poursuivons avec le traditionnel Observatoire de l’intranet et de la stratĂ©gie numĂ©rique qui nous livre ses rĂ©sultats 2013. Si les tendances 2013 semblent plutĂ´t optimistes, l’Ă©tude des chiffres rĂ©vèle par contre un son de cloche conforme Ă  ce qui a Ă©tĂ© dit plus haut. Claude Malaison nous en livre d’ailleurs une analyse dĂ©taillĂ©e en trois parties : Observatoire de l’intranet 2013: peut-on vraiment parler d’âge de raison ?, Gouvernance et Community Managers, confusion des genres ? et Dix ans plus tard, Pareto fait toujours la loi !. Cette Ă©tude d’envergure nous donne accès Ă  des statistiques tout Ă  fait intĂ©ressantes :

  • Les mĂ©tiers qui publient le plus sont la communication et les RH (commercial, R&D ou production sont Ă  la traĂ®ne) ;

    Statistiques sur les métiers les plus prolifiques
  • En termes d’informations disponibles, lĂ  encore, les rĂ©sultats sont très dĂ©cevants, car les informations les plus utiles (tableaux de bord, infos sur les clients et partenaires..) sont en bas de tableau ;

    Informations disponibles sur l'intranet
    Informations disponibles sur l’intranet
  • Concernant les fonctionnalitĂ©s disponibles, lĂ  aussi il y a des fonctions critiques en bas de tableau (applications mĂ©tiers, blogs, wikis) ;

    Classement des fonctionnalités disponibles
    Classement des fonctionnalités disponibles
  • Les espaces collaboratifs dĂ©ployĂ©s sont surtout centrĂ©s sur les besoins (projets, services..) que sur les pratiques ou les intĂ©rĂŞts ;

    Les différents types d'espaces collaboratifs
    Les diffĂ©rents types d’espaces collaboratifs
  • Si le dĂ©ploiement de solutions de RSE progresse d’annĂ©e en annĂ©e, l’adoption des pratiques collaboratives est surtout opportuniste (parce que les collaborateurs en ont besoin pour un projet ou une mission spĂ©cifique) ;
  • Enfin, la rĂ©partition des socio-types montre que les conservateurs occupent encore une place trop importante.

    RĂ©partition des socio-types en entreprise
    RĂ©partition des socio-types en entreprise

Le principal enseignement de cette Ă©tude est que des solutions sont dĂ©ployĂ©es, probablement dĂ» Ă  un bon travail d’Ă©vangĂ©lisation des Ă©diteurs, mais que l’intĂ©gration aux outils du quotidien reste Ă  faire. En d’autres termes : on colle des rustines pour faire bonne figure, mais les habitudes ne changent pas forcĂ©ment Ă  cause d’un dĂ©ficit de volontĂ© de changement.

Dernière Ă©tude avec les Digital Workplace Trends de Jane McConnell. LĂ  encore, je m’appuie sur l’analyse publiĂ©e par Bertrand Duperrin en deux parties : Les tendances 2013 et deuxième partie. Les enseignements de cette Ă©tude sont les suivants :

  • Nous passons d’une notion d’intranet Ă  celle d’espace de travail digital (assez proche de ma notion de poste de travail 2.0), un projet très ambitieux qui manque encore de cadrage dans les objectifs et la feuille de route ;
  • Il existe une fracture nette entre les early adopters qui s’approprient rapidement les nouveaux outils et les autres salariĂ©s qui n’en voient pas vraiment l’intĂ©rĂŞt ;
  • Les fils d’activitĂ© et communautĂ©s en ligne ne sont pas très bien assimilĂ©s par les collaborateurs qui encore une fois n’en comprennent pas l’utilitĂ©.

Comme pour les Ă©tudes prĂ©cĂ©dentes, si les entreprises se targuent d’un dĂ©ploiement de solutions modernes (RSE, accès mobile…), elles sont beaucoup moins volontaires pour initier une mutation en profondeur des habitudes de travail. Ce qui manque le plus, comme le dĂ©montre ces Ă©tudes, est la mise en place d’une rĂ©elle dynamique de changement oĂą la direction et le middle management expliquent, stimulent et participent de façon active Ă  la transformation des outils et processus mĂ©tiers.

Je ne peux qu’approuver l’analyse faite par mes confrères, sur la base de ces Ă©tudes, car j’ai exactement le mĂŞme ressenti avec mes clients : Les porteurs de projet sont engluĂ©s dans une recherche du profit immĂ©diat (les fameux quick wins) qui les empĂŞchent de mener Ă  bien les refontes structurelles nĂ©cessaires qui gĂ©nĂ©reraient de rĂ©els bĂ©nĂ©fices sur le long terme. Il est en effet plus simple de dĂ©ployer un RSE, une application mobile, une nième page Facebook… que de reconnaĂ®tre que la situation est plus grave que l’on ne le pense et qu’il va rĂ©solument falloir revoir notre approche individualiste du travail. En d’autres termes : chercher Ă  augmenter la performance individuelle avec des outils et solutions tape-Ă -l’oeil ne compensera pas les mauvaises habitudes prises depuis des dĂ©cennies. Ce ne sont pas les outils qu’il faut changer, mais les mentalitĂ©s. Un chantier très ambitieux qui demande beaucoup de courage, beaucoup plus que de succomber aux pouvoirs hypnotiques des Ă©diteurs de solutions.

2 commentaires pour “L’adoption des RSE et plateformes collaboratives progresse lentement”

  1. Bon billet qui montre que partout dans le monde nous n’avons pas trouvĂ© le bon rĂ©glage pour que software et peopleware aille de concert.

    McKinsey parle de potentialitĂ© de productivitĂ© mais Ă  des conditions importantes de changement de l’organisation et sur certains secteurs seulement.

    La notion de Digital Workplace me semble très prometteuse mĂŞme si nous la dĂ©couvrons après 5 ans d’existence !

  2. Nous pensons que le travail collaboratif est un des facteurs clefs du développement des sociétés. Il permet de pouvoir travailler en équipe sur des projets donnés grâce à des communautés de travail.
    Avec le développement de la génération 2.0 dans les entreprises, les outils collaboratifs prennent de plus en plus de sens.

    Que ce soit au niveau des dĂ©partements de communication, de ressources humaines ou encore de l’informatique, la crĂ©ation d’un groupe de travail est plus que nĂ©cessaire afin d’apporter une valeur ajoutĂ©e supplĂ©mentaire pour une entreprise.

    http://www.calindasoftware.com/fr

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