Quel modèle de gouvernance pour l’intranet 2.0 ?

J’ai eu la chance d’intervenir le mois dernier au Webcom de Montréal. Ce déplacement au Canada a été l’occasion de rencontrer Michel Germain qui a donné une conférence très intéressante sur la gouvernance dans les entreprises 2.0, il prépare même un livre sur ce sujet . Je vous livre dans cet article ma compréhension des propos tenus par Michel.

Gouvernance : “Mouvement de décentrement de la réflexion, de la prise de décision et de l’évaluation, avec une multiplication des lieux et acteurs impliqués dans la décision ou la co-construction d’un projet. Il renvoie à la mise en place de nouveaux modes de pilotage ou de régulation plus souples et éthiques, fondés sur un partenariat ouvert et éclairé entre différents acteurs et parties prenantes, tant aux échelles locales que globales“.

Le mot peut vous sembler pompeux, mais derrière cette notion se cache un besoin réel pour les entreprises souhaitant prendre le virage du XXIème siècle. Nous sommes en effet dans une période charnière des NTIC avec la globalisation (il n’est plus possible de travailler en local) et le basculement des priorités du hardware (améliorer l’outil de travail) au peopleware (améliorer les habitudes de travail). Dans ce contexte, il n’y a pas de recette miracle, les gains de productivité seront atteints en travaillant à la fois sur les outils, les processus et la gouvernance.

Pour s’assurer de la réussite de l’implémentation de pratiques 2.0 en entreprise il convient de normer la collaboration, de définir les bons acteurs (rôles et responsabilités) et de lier les processus métier à des bonnes pratiques. L’objectif de cette démarche est d’orchestrer les échanges et de structurer la capitalisation des connaissances, surtout avec le départ des baby boomers à la retraite (donc la perte potentielle des savoirs).

Nous parlons bien de gouvernance de l’information et des savoirs, plutôt que la gouvernance des technologies et outils, qui est du ressort de la DSI. Quand on constate les dérives liées aux emails, fichiers bureautiques et réunions dont nous sommes victimes aujourd’hui, on peut facilement imaginer les dérapages possibles avec les suites collaboratives et autres outils 2.0 !

Si l’identification des acteurs et la définition d’un référentiel de bonnes pratiques ne semblent pas être une difficulté insurmontable, le champ d’application, style et pilotage de la gouvernance sont beaucoup plus complexes :

  • Tous les processus sont-ils concernés, même les plus critiques ? Ne faut-il pas s’attaquer en priorité à ceux qui sont le plus destructeur de valeur ? Si oui, comment les prioriser ?
  • Le rôle des instances de gouvernance est-il de définir, promouvoir, modérer ou réprimer ? Quels indicateurs peuvent être utilisés pour mesurer les gains ?
  • À qui incombe cette gouvernance (la DSI ? les métiers ? les RH ? la direction générale ?)

Comme vous pouvez le constater, les questions sont nombreuses et cet article n’a certainement pas la prétention d’y répondre. Toujours est-il que la concertation sera en élément-clé pour éviter que la gouvernance ne tue la collaboration (phénomène de rejet et de recherche d’alternative par les employés). Dans ce tableau, je suis intimement persuadé que les middle managers peuvent jouer un rôle-clé, car ils assurent la liaison entre le haut de la pyramide décisionnelle (qui définit les grandes orientations) et les employés de base (qui subissent les contraintes et réalités du terrain).

Encore une fois, la gouvernance est un vaste débat dont nous n’avons pas encore toutes les clés. Le pire dans cette histoire est que c’est une étape obligatoire pour pouvoir appréhender sereinement la révolution sociale (dans le sens social business), mais un autre levier de transformation majeure nous guette au tournant : la révolution sémantique, futur gros chantier de la structuration de l’information, des connaissances et des savoirs.

Mais chaque chose en son temps, pour le moment le plus urgent est de passer d’un quotidien centré sur les fichiers et la productivité individuelle à une organisation reposant sur la collaboration et la responsabilisation collective (rien que ça !).

Inutile de dire que j’attends avec impatience le livre de Michel Germain…

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