Les salariés menacés d’extinction par les distractions quotidiennes ?

Oui je sais, le titre est un peu racoleur, mais la situation est grave, bien plus que vous ne le pensez. La base de mon raisonnement m’a été apportée par le compte rendu d’une conférence : USI 2012, BlackBerry Hill et effet Domino. L’orateur, Yves Morieux, explique ainsi qu’après plusieurs décennies d’améliorations, la productivité est stagnante dans les entreprises (pas plus de 1% d’amélioration annuelle). Les travailleurs du savoir sont en effet noyés dans un quotidien professionnel plombé par les processus, réunions et emails. Partant du constat que les marges sont de plus en plus faible, ne pas chercher à lutter contre les distractions quotidiennes se traduit nécessairement par une baisse immédiate de la productivité, baisse qui peut se traduire par des licenciements pour « retrouver de la compétitivité ».

Les dérives de notre quotidien professionnel (réunionite, infobésité…) sont d’autant plus graves qu’elles sont reconnues et tolérées. Pire, dans certains pays (La France en particulier), elles sont aggravées par une aberration culturelle : nous avons tendance à récompenser ceux qui sont les plus occupés, ou qui le semblent, car ils donnent l’illusion d’être plus productifs, d’abattre plus de travail (The Paradox of Organizational Time). Or, nous devrions faire l’inverse : récompenser ceux qui savent correctement s’organiser, déléguer et gérer leur charge de travail. Pourtant il n’en est rien, et nous ne pouvons que constater les ravages du présentéisme.

Outre ce problème culturel, force est de constater que nous avons petit à petit doté les collaborateurs d’outils (email, smartphones, accès internet…) et encouragé des pratiques (réunions…) qui génèrent de nombreuses distractions au quotidien : We’re creating a culture of distraction et Is Web Surfing Distracting Your Workers?. Ces distractions sont de plus en nette augmentation avec l’avènement de Twitter et des réseaux sociaux (Digital Distractions and the Workplace).

Ceci étant dit, faut-il interdire le web, les emails, les smartphones et les réunions pour retrouver de la productivité ? Non, car cela ne ferait que déporter les habitudes vers d’autres supports. La solution ne viendra pas des outils, mais de la culture et des habitudes. Au fil des années, je me suis efforcé de démontrer sur ce blog l’intérêt de lutter contre les dérives et d’adopter de nouvelles dynamiques collaboratives pour améliorer la productivité collective. Si je peux difficilement argumenter sur une augmentation réelle et constatée de la productivité individuelle, les gains sont indéniablement à chercher du côté collectif. Donc plus complexes à évaluer / calculer, d’où le scepticisme ambiant vis-à-vis des solutions collaboratives (« je n’arrive déjà pas à gérer mes emails, il va falloir en plus que je me connecte tous les jours sur un espace collaboratif ?« ).

Bref, tout ça pour dire que la situation est grave, mais pas désespérée, heureusement ! Il n’est pas trop tard pour mettre en place un programme de reculturation afin de :

Comme toujours, ce n’est pas en achetant de nouveaux outils informatiques que vous y parviendrez. L’important n’est pas de changer les outils, mais de trouver le courage de s’attaquer aux véritables causes du problème.

MàJ (18/10/2012) : Sinon vous pouvez aussi engager quelqu’un pour vous mettre une claque chaque fois que vous perdez votre temps sur Facebook (This guy got more productive by hiring someone to slap him in the face when he went off task). NSFW !

4 commentaires pour “Les salariés menacés d’extinction par les distractions quotidiennes ?”

  1. Posté par Marc-Antoine Sammarcelli a dit : le

    Les outils ont aussi une importance. PAr exemple, quand vous travaillez sur des logiciels Saas, vous devez utiliser un navigateur.

    Et dans ce navigateur, il y a d’autres onglets qui peuvent vous détourner de votre travail. J’ai découvert cela pour Chrome afin d’utiliser un logiciel Saas comme une application : http://superuser.com/questions/33548/starting-google-chrome-in-application-mode

  2. Posté par HAZOUR a dit : le

    Là où je travaille, Facebook et compagnie sont bloqués par notre Admin, donc on a pas besoin d’engager quelqu’un pour nous mettre une claque chaque fois que nous perdions notre temps.

    Pour moi la solution viendrait du management car la productivité c’est d’abord des objectifs clairs, une évaluation systématique des résultats et des récompenses pour les plus productifs.

  3. Posté par Les articles publiés sur mes autres blogs en octobre 2012 « FredCavazza.net FredCavazza.net a dit : le

    […] Les salariés menacés d’extinction par les distractions quotidiennes ? […]

  4. Posté par Monique.luski a dit : le

    Très intéressant, j’exerce dans une entreprise en chine, et le phénomène sus-cité est encore plus vrai il me semble… On le dit souvent, la main d’oeuvre chinoise n’est pas chère… Il faut voir aussi le niveau de productivité…il est a la hauteur du salaire perçu…
    Il faut 4 comptables chinois pour faire le travail de 2 comptables français (francais qui ne sont déjà pas roi en matière de productivité)