Décryptage de la notion de Social Enterprise

Voilà plus de quatre ans que nous parlons de l’Entreprise 2.0. En quatre années, cette notion a au le temps d’évoluer et de succomber à la vague sociale. Tout comme nous avons remplacé web 2.0 par médias sociaux, l’entreprise 2.0 est maintenant reconnue comme l’entreprise sociale. Même s’il existe de nombreux articles sur le sujet, ils sont très difficiles d’accès, car cette notion d’entreprise sociale est noyée dans le flot d’écrits relatifs à l’entrepreunariat social. Je vous propose donc de faire le point sur cette notion et d’en délimiter les contours.

Il n’existe pas de définition communément admise, mais l’on peut décrire une entreprise sociale comme « une organisation ayant mis en oeuvre les outils, processus et modèles de gouvernance permettant de maximiser sa performance au travers d’interactions sociales entre collaborateurs, partenaires, clients et prospects« . Ceci étant dit, cette définition idyllique reflète très mal les changements induits. Précisons que le levier social auquel il est fait référence est le même que celui reconnu dans d’autres définitions comme le social CRM ou le social customer : écoute, discussions, collaboration, co-création…

Pour vous aider à y voir plus clair, je vous propose de décrypter la notion de social enterprise au travers de trois prismes : celui des métiers, celui du SI, et celui de l’organisation. Il n’y a pas réellement d’approche plus pertinente que les autres, mais la social enterprise est difficile à cerner, et elle impacte quasiment tous les aspects de l’entreprise.

Un décloisonnement des métiers

Puisque l’entreprise sociale mobilise à la fois les collaborateurs, partenaires, clients et prospects, elle est forcément cousine de la notion de social business. Pour faire simple, le social business est une philosophie qui vise à unifier les pratiques de social CRM et d’intranet socialVers une vision plus mature de l’Entreprise 2.0.

SocialBusinessModel

L’entreprise sociale s’inscrit dans cette logique, car elle exploite le levier social auprès d’une part, des clients et prospects (social CRM) et, d’autre part, des collaborateurs et partenaires (social intranet).

Un SI plus ouvert et modulaire

Il est quasiment impossible d’envisager une modification profonde de l’entreprise sans impact sur le SI. Je ne m’aventurerais pas à broder sur le choix de changer d’abord le SI puis les habitudes ou l’inverse. De toute façon, dans la réalité l’un ne peut se faire sans l’autre.

À ce sujet, l’acteur le plus en avance sur son temps est très certainement SalesForce qui a dévoilé en début de mois une vision très aboutie de ce qu’est l’entreprise sociale du point de vue du SIThe promise and challenges of Benioff’s social enterprise vision.

Dans cette vision, le SI est donc constitué de 3 couches logiques :

  • La couche sociale qui héberge les interactions sociales avec les clients / prospects ainsi que les employés ;
  • La couche applicative avec l’ensemble des applications métiers et génériques ;
  • La couche de données (internes et externes)

Salesforce social stack

Vous noterez que cette vision colle à merveille avec les différentes offres de SalesForce, mais on ne peut pas leur en vouloir, car la vision est tout de même extrêmement intéressante dans son approche holistique des interactions sociales, des applications et des données. Le fait d’héberger les données dans les nuages est de plus un atout pour garantir leur disponibilité auprès des différentes applications métier ET sociale (les ERPs ont la fâcheuse tendance à piéger les données dans des formats propriétaires).

J’ai déjà eu l’occasion de vous expliquer que le SI et les applications ne sont qu’une composante nécessaire, mais pas suffisante pour assurer la transformation effective d’une entreprise 1.0 (en silos, séquentiels…) à une entreprise 2.0 (libre circulation de l’information, pyramide hiérarchique supplantée par les organisations en réseaux…), donc je n’insiste pas sur ce point.

Une organisation centrée sur les collaborateurs

Dernière possibilité d’aborder l’entreprise sociale : le point de vue de l’organisation et des RH. Pour celles et ceux qui pensent que placer l’humain au centre de l’entreprise est une utopie, je vous incite à (re)lire l’article que j’avais rédigé précédemment l’approche Employee FirstChez HCL, les collaborateurs passent avant les clients.

Employee first

Point d’entreprise sociale sans une gestion plus aboutie des équipes que la traditionnelle pyramide hiérarchique. À ce sujet, j’attire votre attention sur le fait que cette approche fonctionne dans les deux sens : une hiérarchie à l’écoute, mais des collaborateurs volontaires et autonomes (cf. Le “reverse management” est essentiel dans l’entreprise 2.0 et The Social Enterprise, Welcome to the Era of Intrapreneurship). Et pour en savoir plus sur le Employee First, Customer Second, je vous recommande cette rare interview avec Anand Pillai : « Nous établissons un dialogue permanent avec nos employés ».

(Données + applications + collaborateurs + clients + …) x social

Ces trois visions vous donnent donc une idée un peu plus précise du « grand ensemble » qu’englobe l’entreprise sociale. Il s’agit bien d’une vision stratosphérique incluant l’information, les savoirs, les données, les applications, les processus et l’ensemble des participants (collaborateurs, partenaires, clients, prospects…). Cette meta-vision convergente est très bien décrite par Dion Hinchcliffe (mon maitre à penser) dans l’article suivant : Converging on the Social Enterprise. J’aurais pu vous finir directement ce lien, mais il convient d’avoir une vision plus large afin de bien en apprécier la teneur.

Les chantiers qu’induisent les transformations nécessaires sont titanesques, mais au final, tout le monde sera bénéficiaire de cette fameuse couche sociale étendue qui vise à rendre l’entreprise plus performante, plus agile, plus intelligente (cf. The smarter enterprise). Mais nous aurons de nombreuses occasions d’en reparler…

Toujours plus d’acteurs sur le créneau des solutions de collaboration

Voilà bien longtemps que je n’ai pas parlé de solutions de collaboration. Je profite donc du dernier rapport de Forrester pour aborder à nouveau ce sujet : The Forrester Wave: Enterprise Social Platforms, Q3 2011. Dès l’introduction du rapport, le ton est donné : « A Rapidly Maturing Field« . Il faut bien avouer que le créneau des solutions de collaboration et autres social intranet suits est en plein boom et que les différents acteurs se livrent à une bataille acharnée pour conquérir des parts de marché. Pour avoir suivi de près ce secteur, je rejoins l’avis de l’auteur du rapport qui nous explique que certains acteurs progressent plus vite que d’autres.

La classification des solutions de collaboration de Forrester

Le rapport met en évidence trois acteurs : Jive, IBM et Telligent. Dans le schéma ci-dessus, on constate que Jive est l’éditeur le plus en avance, il faut dire qu’ils ont lourdement investi pour faire évoluer leur solution. Ils comptent d’ailleurs bien profiter de cette avance pour s’introduire en bourse très prochainement, une IPO particulièrement contestée : Jive Software’s IPO Is Either Really Good News Or Really Bad News et What Jive’s IPO Says About Social Software Market. Ce n’est pas tant la pertinence de la solution qui est mise en cause, mais plutôt la fragilité financière de l’éditeur dont les pertes sont quasiment équivalentes au C.A.

Bref, inutile de jouer les oiseaux de mauvais augure, plutôt que de prédire un probable retour de la bulle spéculative sur les introductions en bourse hasardeuses des start-up, je préfère plutôt y voir un signe que les enjeux autour des solutions de collaboration sont réellement importants et que l’innovation tourne à plein régime.

Cette innovation est la bienvenue, car je constate un certain déséquilibre dans les solutions du marché. Je suis ainsi impliqué dans plusieurs missions qui m’ont amené à auditer différentes solutions et je constate une certaine disparité, à savoir une concurrence fragmentée avec des acteurs de niche, mais très peu d’offres complètes. Dans un précédent article, j’avais ainsi identifié les 5 composantes de l’intranet 2.0 : Information, connaissance, communautés, collaboration et applications / données. La plupart des offres du marché couvrent en effet une à deux composantes (en fonction de leur métier d’origine), mais rarement l’ensemble des composantes de l’intranet 2.0.

Du coup j’ai passé un peu de temps dans le référentiel Useo (dont j’avais déjà parlé ici : Nouvelle version du référentiel de RSE d’Useo et Compte-rendu de la présentation du référentiel Useo) pour voir comment le marché avait évolué. Bonne surprise, de nombreuses solutions d’éditeurs français sont venues compléter les acteurs « historiques » (Zoom sur 4 offres françaises : Xwiki, SeeMy, Jamespot et blueKiwi).

Comme je suis un indécrottable chauvin, je vous propose un petit coup de projecteur sur les solutions qui ont retenu mon attention :

  • eXo, un éditeur proposant une plateforme assez complète avec différents modules applicatifs (contenu, collaboration, connaissances, social…). Déjà bien complète en V.3, la solution s’oriente vers une plus grande interopérabilité avec votre S.I. et un focus particulier sur l’ergonomie et l’expérience utilisateur.

    Les espaces de travail dans eXo

  • Jalios avec sa solution JCMS qui se présente comme un portail collaboratif de nouvelle génération. Historiquement issue du monde de la GED et de la gestion de contenu, l’offre a été visiblement enrichie de nombreux modules fonctionnels (gestion de projet, collaboration, conversations, intégration avec les outils bureautiques…). Elle propose de plus un volet mobile avec des accès smartphones (iPhone et Android).

    La boîte à idées dans Jalios

  • Silverpeas, qui se présente comme une solution globale de communication collaborative. Cette dernière met avant tout l’accent sur la gestion de ressources documentaires et les espaces de travail, mais propose de nombreux autres modules et même une version mobile.

    Le mur d'activité dans Silverpeas

Je pousse donc un grand COCORICO, car les éditeurs français sont présents en nombre sur ce créneau ultradynamique. Bravo à eux !

(via CMS Wire)